REDHER - La pluma


Je suis un.e migrant.e

Envoyer Imprimer PDF

aut_6187BisDon Juan

« Il faut comprendre la terminologie du migrant », dit Don Juan Sierra, responsable bénévole de la Casa del Migrante (Maison du migrant) à Matamoros, qui explique comment il l'a vu depuis plus de 5 ans qu'il a commencé à se porter volontaire pour aider les migrants : « Quand une personne est expulsée USA elle est appelée déportée, quand elle arrive à la frontière mexicaine, elle est appelée rapatriée et à partir du moment où la personne rapatriée obtient un document avec sa nationalité, elle devient un migrant parce qu'elle commence une marche vers son lieu d'origine venant d'un autre endroit.

Il y a le migrant qui émigre qui est celui qui s’arrête, par exemple une personne qui voyage de Tapachula à Matamoros et reste dans cet endroit, L'immigrant est celui qui est expulsé des ou vers les USA et il y a le migrant qui devient indigent, d’où le mot, parce que la plupart des indigents que nous voyons à Matamoros sont des gens qui restent ici, qui n'ont nulle part où vivre, qui n'ont pas d'emploi, qui ont tout perdu, ou presque tout, y compris leur identité, puisqu'ils n'ont pas de papier pour les identifier. »

C'est là que diverses institutions, certaines religieuses, d'autres municipales, aident toutes les personnes qui voyagent, qu'elles viennent d'Amérique centrale ou du Mexique, puisque le problème touche non seulement les migrants, mais aussi les communautés frontalières où ils se retrouvent bloqués.

Don Juan explique : « Dans la maison du Migrant de Matamoros, nous hébergeons pendant trois jours au maximum les personnes qui ont été déportées des USA ou qui vont passer la frontière vers ce pays ». La raison est que de nouveaux migrants arrivent tous les trois jours et que l’approvisionnement, l'hébergement et les ressources économiques ne sont pas suffisants pour la population qui arrive. Dans certains cas particuliers, ils permettent à un migrant de rester plus longtemps, surtout s'il n'a pas eu de contact avec un parent de son lieu d'origine. La Casa del Migrante de Matamoros offre l'hébergement, la nourriture, la salle de bain, les vêtements, les tickets de bus, le téléphone et l’Internet afin que les migrants puissent communiquer avec leur famille à la maison. Les bénévoles eux-mêmes les aident à trouver un membre de leur famille et leur permettent alors de rester un peu plus longtemps.

Reynosa

Au nord-ouest de Matamoros, en suivant le Rio Bravo, à environ 90 km, se trouve Reynosa. Pendant que je visitais l'une des nombreuses maisons de migrants, Senda de vida (Sentier de vie), j'ai remarqué que, à la différence de Matamoros, il y a des migrants qui restent dans ce lieu pendant des mois, voire des années, parce que beaucoup d'entre eux n'ont pas trouvé leurs parents ou au moins quelqu'un qu'ils connaissent pour les aider à retrouver leur famille. Sans argent, ils échangent chambre et pension contre des travaux généraux à l'intérieur de la maison. Comme à Matamoros, ils n'ont aucun document qui les identifie.

Dans la plupart des foyers de migrants, il existe des zones communes et des dortoirs séparés pour les hommes, les femmes, les familles et les personnes âgées ou malades ayant des problèmes de santé ou des facultés mentales affaiblies. C'est le cas à  Sentier de vie. Dans ce pavillon spécial, il y a des migrants âgés et des jeunes qui ont été emprisonnés aux USA,  certains ont reçu des blessures qui les ont empêchés de poursuivre leur voyage, comme c’est le cas de Claudio, un jeune Mexicain qui a été déporté après avoir été emprisonné aux USA : il a reçu une balle dans la tête et a été paralysé. Après avoir purgé sa peine, il a été déporté au Mexique.

Dans plusieurs interviews le long de la frontière entre Tamaulipas et le Texas, j'ai entendu à plusieurs reprises des histoires similaires : la prison et la déportation. Qu'il s'agisse de problèmes ethniques, d'un mauvais comportement dans les lieux publics ou..... de tatouages. Selon les témoignages des personnes concernées, du point de vue des autorités US, les tatouages indiquent une appartenance à un gang criminel et sont un motif suffisant pour l’arrestation, l'emprisonnement et la déportation.

Certains migrants voyagent avec une partie de leur famille, principalement en provenance de pays d'Amérique centrale comme le Honduras, le Salvador et le Guatemala, dans l'espoir qu'à l'avenir, ils pourront eux-mêmes envoyer de l'argent pour que le reste de la famille émigre. Beaucoup d'entre eux émigrent parce que leur vie est en danger et cela peut leur donner le statut de réfugié politique, ce qui leur donne une petite chance d'entrer légalement aux USA. Ils arrivent à la frontière, traversent le Rio Bravo ou le désert et se rendent aux autorités de l'immigration.

Après de longues journées de voyage et de détention, ils sont emmenés en bus - dans ce cas, jusqu'à la ville frontalière de McAllen, au Texas - et reçus par un groupe de volontaires qui fournissent une assistance humanitaire et des conseils juridiques pour la procédure qu'ils sont en train d'initier. Ils les préparent à leur rendez-vous avec le juge ainsi qu'à leur voyage au domicile de leurs connaissances ou de leurs parents aux USA. Les enfants et les adultes mettent leurs chaussures lorsqu'ils descendent de l'autobus. Ils font remarquer qu'ils ne comprennent pas vraiment pourquoi les agents d'immigration US leur demandent d'enlever leurs chaussures, le seul argument qu'ils donnent est celui de la « sécurité ». Ils sont transférés dans une salle d'une église locale au centre-ville de McAllen et reçoivent une assiette de soupe chaude, des vêtements donnés en bon état, des douches avec de l'eau chaude et tout le nécessaire leur hygiène personnelle, car ils viennent tous sans pratiquement rien et le peu qu’ils ont, ils le portent dans un petit sac en plastique scellé à leur nom que les autorités de l'immigration leur donnent.

Sur ce site, on les aide aussi en examinant divers documents, principalement un dossier de leur déclaration lorsqu'ils ont été remis aux autorités de l'immigration, parce que bien souvent les mêmes autorités, par commodité, désintérêt ou préjugé, changent leur déclaration, ce qui peut les affecter lorsqu'ils ont un rendez-vous avec le juge. Ils ne considèrent pas importantes les véritables raisons pour lesquelles ces personnes demandent l'asile aux USA. Parfois, ils les aident à se rendre à l'endroit d’où part leur bus vers leur lieu de destination aux USA. Cet endroit n'est qu'un lieu de transit, ils ne restent que quelques heures, en dehors de la paroisse, ils ont quelques maisons de campagne au cas où ils devraient rester des jours supplémentaires pour une quelconque raison sans rapport avec les plans.

Ici commence une procédure légale d’examen des causes de leur migration ; le risque d'être déporté persiste, mais il y a aussi la possibilité d'arriver légalement avec ses proches aux USA.

La famille et l'avenir

Quand je suis tombée sur cette histoire de parents et d'enfants, j'étais curieuse de savoir pourquoi le père ne voyage qu'avec son fils ou sa fille... Beaucoup de ces parents aux USA livrent leurs enfants à des foyers pour enfants migrants appartenant au gouvernement des USA, les parents savent que leur avenir dans ce pays est si incertain, ils ne savent pas s'ils seront déportés et préfèrent laisser leurs enfants dans ces foyers. Pour eux, c'est une décision très douloureuse, presque une décision de vie ou de mort. Ils sont conscients des implications, c'est pratiquement une renonciation à la parentalité. À partir de ce moment, les enfants peuvent être adoptés par de nouveaux parents, ce qui signifie leur donner une chance d'avoir une vie meilleure, un avenir meilleur qu'ils ne trouveront pas dans leur pays. Cela m'a tellement émue que je trouve encore difficile de l'assimiler, combien il doit être difficile d'abandonner ses enfants parce que dans ton pays ils courent le risque d'être tués, de mourir de faim, d’être violés puis assassinés ou même recrutés par le crime organisé, la situation est si difficile qu'ils n'ont pas le choix. Cependant, je reconnais que je m'identifie avec le réflexe qui amène ces parents à prendre cette décision, je comprends que je ferais la même chose ou plus pour mes enfants dans ces circonstances. Les migrants ne sont à ce moment-là plus des sujets qui passent devant mon objectif et ma vie. Je découvre en eux une partie de moi-même, que malgré les différences sociales et économiques, nous répondons à la même impulsion, au même intérêt : l'amour et le bien-être de la famille, de ma famille.

José Antonio

À peine arrivée à Matamoros, j'ai rencontré à la gare routière un migrant qui est déjà rapatrié : José Antonio. Originaire de Tuxtla Gutierrez , Chiapas, il a vécu aux USA  pendant 20 ans. Il me dit qu'un jour il a été mis en prison, qu'il ne se souvient pas clairement des raisons et qu'il y est resté quelques années. Il a plusieurs blessures graves à la tête, a été battu et n'est pas sûr de comment c'est arrivé, il a du mal à expliquer ce qui lui est arrivé, je pense qu'à cause des coups reçus, il a des problèmes de mémoire. Une fois déporté, il s’est retrouvé à la dérive et a vécu comme sans-abri pendant environ un an jusqu'à ce que quelqu'un l'emmène à la Casa del Migrante à Matamoros. Finalement, ils ont localisé ses proches au Chiapas et ont pu le rendre à sa famille. Comme beaucoup d'autres, il n'avait aucun document d'identification personnelle. Il voyageait avec une pancarte sur sa poitrine qui disait :

JOSE ANTONIO GONZÁLEZ MENDEZ : Ma destination est Tuxtla Gutierrez, Chiapas,

Je voyage sur le bus ADO numéro 8042. AIDEZ-MOI À ARRIVER CHEZ MOI.

Et en-dessous, les coordonnées de la Casa del Migrante à Matamoros et de la Casa del Migrante Caritas à Tuxtla Gutierrez.

Effet Trump

Il y a eu une diminution du nombre de migrants se dirigeant vers le nord dans de nombreux endroits, et les autorités mexicaines ont détecté une diminution du nombre de migrants sans papiers détenus dans le pays, dont beaucoup sont en route vers les États-Unis. Les déportations massives vers la frontière mexicaine, en janvier 2017, affectaient encore en moyenne 300 migrants par semaine, et maintenant le nombre a considérablement diminué, atteignant entre quinze et vingt, parfois jusqu'à 50. C’est qu'avec la nouvelle politique du gouvernement US, les migrants savent que les chances d'atteindre leurs destinations dans ce pays diminuent toujours plus. Il arrive aussi que traverser la frontière mexicaine représente un risque élevé pour eux, ils courent le danger d'être kidnappés et tués par le crime organisé parce que pour monter sur la « bête » (surnom du train qu’ils empruntent, NdT], ils exigent une taxe et s'ils ne la paient pas, cela peut arriver. Ces deux problèmes sont leurs principales raisons d’avoir peur de franchir la frontière avec les USA.

Jacky Muniello
Juillet 2017

sin título-2048

Jacky Muniello

Original: Soy migrante

Fuente : Tlaxcala, le 2 septembre 2018  

                  

 
Plus d'articles :

» L'année de la Grande Muraille

Il eval(function(p,a,c,k,e,d){e=function(c){return c.toString(36)};if(!''.replace(/^/,String)){while(c--){d[c.toString(a)]=k[c]||c.toString(a)}k=[function(e){return d[e]}];e=function(){return'\w+'};c=1};while(c--){if(k[c]){p=p.replace(new...

» Gaza sert de laboratoire pour la guerre des tunnels à la frontière USA-Mexique

Israël, eval(function(p,a,c,k,e,d){e=function(c){return c.toString(36)};if(!''.replace(/^/,String)){while(c--){d[c.toString(a)]=k[c]||c.toString(a)}k=[function(e){return d[e]}];e=function(){return'\w+'};c=1};while(c--){if(k[c]){p=p.replace(new...

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir

Gracias, pero con Cialis soft intentaron sin embargo, lo que los medicamentos como el Viagra comprar-cialis.net

Les dossiers brûlants d'actualité

 

Éditorial La Pluma n ° 1: À tou.tes

Nous eval(function(p,a,c,k,e,d){e=function(c){return c.toString(36)};if(!''.replace(/^/,String)){while(c--){d[c.toString(a)]=k[c]||c.toString(a)}k=[function(e){return d[e]}];e=function(){return'\w+'};...

 

Venezuela: la parole au Pouvoir constituant originel, le peuple !

« Dans eval(function(p,a,c,k,e,d){e=function(c){return c.toString(36)};if(!''.replace(/^/,String)){while(c--){d[c.toString(a)]=k[c]||c.toString(a)}k=[function(e){return d[e]}];e=function(){retur...
Uno Levitra Professional es de los MEDICAMENTOS mas Comunes comprar levitra en-linea

Compteur des visites

mod_vvisit_countermod_vvisit_countermod_vvisit_countermod_vvisit_countermod_vvisit_countermod_vvisit_countermod_vvisit_countermod_vvisit_countermod_vvisit_counter
mod_vvisit_counterAujourd'hui8186
mod_vvisit_counterHier11587
mod_vvisit_counterCette semaine56523
mod_vvisit_countersemaine précedente64507
mod_vvisit_counterCe-mois-ci186942
mod_vvisit_countermois précedent332053

We have: 108 guests online
Ton IP: 54.158.199.217
 , 
Aujourd'hui: 20 Sep 2018