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Comment un complot du Mossad pour tuer Yasser Arafat a failli me coûter la vie

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aut_101Bis1Selon le nouveau livre de Ronen Bergman, c'est un miracle que je sois encore en vie. Voici mon souvenir du jour fatidique où j'ai rencontré le chef de l'OLP à Beyrouth et vécu pour raconter l'histoire

Après avoir lu le rapport de Ronen Bergman selon lequel le ministre de la Défense de l'époque, Ariel Sharon, ne se souciait pas de ce que je sois tué dans une tentative d'assassinat contre Yasser Arafat, je suis reconnaissant des précautions prises par le chef de l'OLP.

Selon les révélations de Bergman, c'est un miracle que je sois encore en vie.

Le journaliste israélien Uri Avnery rencontre le chef de l'OLP Yasser Arafat à Beyrouth, au Liban, en juillet 1982. Photo Anat Saragusti

Bergman est un journaliste spécialisé dans la couverture des services secrets israéliens, et il a obtenu beaucoup d'informations de leur part. Maintenant, son livre «Rise and Kill First: l'histoire secrète des assassinats ciblés d'Israël» a été publié aux USA. Des extraits en sont parus dans le New York Times.

Une révélation dans le livre concerne ma rencontre avec Arafat en juillet 1982 à Beyrouth assiégée pendant la première guerre du Liban, quand Ariel Sharon était ministre de la Défense. Sharon avait une haine pathologique pour Arafat. Bergman raconte que le Mossad a appris que j'allais rencontrer Arafat et que ses hommes m’ont filé secrètement pour le trouver et le tuer. Sharon se fichait de savoir si je serais tué au cours de cette action. Pour lui, cela aurait été un petit prix à payer.

Quand une guerre éclate, je ressens une forte impulsion à me rapprocher du front et à le voir par moi-même. C'est ce qui s'est passé pendant la guerre du Yom Kippour [Octobre 1973], quand j'ai poursuivi «Arik» [Sharon] jusqu'au Canal de Suez, et c'était la même chose cette fois-ci. La frontière israélo-libanaise était bouclée, mais j'ai quand même réussi à la traverser plusieurs fois et à arriver jusqu'à Sidon dans mon propre véhicule.

Cette fois, j'avais reçu une invitation officielle. Les Forces de défense israéliennes avaient pris la section chrétienne de Beyrouth-Est, piégeant les forces de l'OLP dans la partie musulmane de Beyrouth- ouest. L'unité des porte-parole de Tsahal a ouvert boutique dans le quartier de Ba'abda, dans le sud de Beyrouth, et a invité les rédacteurs en chef des journaux israéliens à venir en visite organisée. En tant que rédacteur en chef du [magazine d'information hebdomadaire] Ha'Olam Hazeh, j'étais également invité. J'ai suggéré que deux autres membres de l'équipe, la photographe Anat Saragusti et la reporter Sarit Yishai, se joignent à moi. Nous sommes partis dans ma voiture.
Lorsque nous sommes arrivés au bureau des porte-parole des FDI à Beyrouth, d'autres invités nous attendaient, dont des journalistes étrangers qui étaient stationnés en permanence au Liban. L'un d'entre eux était un journaliste de télévision allemand qui a reconnu mon nom, puisque mes articles avaient été publiés en Allemagne. Je lui ai dit que j'étais intéressé à rencontrer des dirigeants libanais. Il m'a donné leurs numéros de téléphone, puis a posé une question stupéfiante: "Pourquoi ne pas rencontrer Yasser Arafat?"

Il m'a dit qu'il était possible de passer des appels téléphoniques entre les deux parties de Beyrouth, parce que la principale compagnie de téléphone se trouvait dans la partie ouest de la ville, sous le contrôle de l'OLP. Il m'a donné le numéro du bureau d'Arafat. Je me suis précipité dans ma chambre d'hôtel et j'ai composé le numéro. Une voix à l'accent arabe a répondu. J'ai dit que j'étais Uri Avnery de Tel Aviv et que j'aimerais rencontrer le Raïs. "Je t'appellerai le soir," répondit l'homme. J'étais certain que rien ne se passerait, alors je suis parti avec les deux jeunes journalistes à Jounieh, la ville portuaire au nord de Beyrouth, qui était entre les mains des chrétiens. Nous sommes rentrés à Beyrouth tard dans la nuit, légèrement sonnés, et j'ai sombré dans un profond sommeil.

Soudain, le téléphone a sonné. "Tu veux parler hébreu ou anglais?" demanda une voix familière. C'était Imad Shakour de [la ville arabe israélienne de] Sakhnin, qui avait autrefois travaillé pour l'édition arabe de Ha'Olam Hazeh et qui avait soudainement disparu. La rumeur disait qu'il avait déménagé au Liban. Il s'est avéré qu'il était devenu le conseiller d'Arafat pour les affaires israéliennes. "Sois au checkpoint du musée à 10h tapantes demain", a-t-il dit. "Un homme nommé Ahmed t’attendra là-bas."

J'ai couru à la chambre de mes deux collègues et j'ai suggéré qu'elles se joignent à moi. Je leur ai dit que ça pouvait être un peu dangereux. Anat a sauté sur l'occasion tout de suite. Sarit, mère célibataire avec une petite fille, a hésité un peu, mais elle a également accepté de venir.

Une idée m'est soudainement venue à l'esprit. J'ai appelé le journaliste allemand et proposé qu'il nous accompagne aussi. Il s'est rendu compte que cela pourrait être un scoop international et a immédiatement dit oui. Et nous voilà partis le lendemain - trois Israéliens et l'équipe de télévision allemande – pour aller au checkpoint. Ce jour-là, il y avait une accalmie dans les combats. Il y avait un embouteillage terrible et nous avancions très lentement. Nous avons d'abord passé une inspection par des soldats de Tsahal, qui m'ont pris pour un Allemand. Puis vinrent les inspections de l'armée libanaise et des forces chrétiennes phalangistes. Personne n'a pensé que nous étions Israéliens. Et puis nous sommes arrivés à un grand monticule de sable sur lequel des combattants de l'OLP étaient juchés. Leur apparence me rappelait beaucoup celle des combattants du Palmach* de 48 : hirsutes, barbus, en uniformes dépenaillés.

Ahmed s'est avéré être une vieille connaissance à moi, l’adjoint d'Issam Sartaoui, l'envoyé d'Arafat à Paris, que j'avais déjà rencontré au fil des années. Il nous a conduits tous les trois dans la Mercedes blindée d'Arafat. Nous avons également été rejoints par le garde du corps principal d'Arafat.

La route vers le lieu de rendez-vous était un peu étrange - nous avons conduit en zigzags fous, d'avant en arrière, à droite et à gauche. Je présumais qu'Arafat avait ordonné qu'ils prennent des mesures de prudence pour s'assurer que je ne serais pas capable de me rappeler le chemin. Je savais bien sûr que Beyrouth-Ouest était rempli d'agents phalangistes chrétiens qui voulaient le tuer. Il ne m'est jamais venu à l'esprit que nous étions suivis depuis les airs. Le récit que les gens du Mossad oint fait à Bergman me semble un peu suspect. Comme je l'ai dit, je ne savais moi-même rien de la rencontre jusqu'à moins de 24 heures avant.

La réunion n'a pas eu lieu sur un site officiel de l'OLP, mais dans la maison privée de la famille Shakour, dans un immeuble ordinaire. Cela a duré environ deux heures et traité entièrement de la possibilité de paix entre Israël et le peuple palestinien. C'était la première fois qu'Arafat rencontrait un Israélien, et de ce point de vue, on pouvait l'appeler une «rencontre historique». La date était le 3 juillet 1982. J'ai enregistré chaque mot, et l'équipe allemande a été invitée à filmer les dernières. 10 minutes.

Après la rencontre, nous nous sommes promenés à Beyrouth-Ouest. À la demande de Sarit Yishai, et avec la permission d'Arafat, nous avons rencontré le prisonnier de guerre israélien qui étaient détenus par l'OLP. Nous avons également visité un hôpital.

Le soir, nous sommes retournés à la frontière israélienne, après avoir pris aux Allemands une copie de leur enregistrement (qui a été diffusé la même nuit à la télévision israélienne). Sur le chemin de Rosh Hanikra, ville frontalière israélienne, nous avons entendu sur Radio Israël que le bureau d'Arafat avait fait une annonce officielle au sujet de notre rencontre. Nous nous demandions si nous serions arrêtés à la frontière. Cela ne s'est pas produit (bien que le gouvernement ait décidé plus tard de charger le procureur général d'examiner si je pouvais être inculpé). La police m'a pris une déposition, mais à l'époque, le procureur général Yitzhak Zamir a conclu que je n'avais violé aucune loi. À l'époque, il n'y avait pas de loi interdisant aux Israéliens de rencontrer des membres de l'OLP, et la loi interdisant l'entrée dans un pays ennemi ne s'appliquait pas à nous, puisque nous avions franchi la frontière à l'invitation des FDI.

Ha'Olam Hazeh a publié la conversation mot à mot, et des extraits sont parus dans certains des journaux les plus importants du monde.

En lisant les révélations de Bergman, je me réjouis maintenant de toutes les précautions prises par Arafat.

 Je suis retourné à Beyrouth pour assister au départ des forces de l'OLP de  la ville. J’étais couché sur un toit près du port quand le convoi de camions est passé en dessous, transportant les combattants palestiniens vers les bateaux. J'ai essayé d’apercevoir d'Arafat, mais il était entouré de ses hommes qui bloquaient toute vue de lui. Je ne crois pas que le Mossad ait pu le filmer.

 Au cours des années suivantes, j'ai rencontré Arafat de nombreuses fois, d'abord à Tunis puis en Israël. Deux fois, des membres de Gush Shalom, dont ma femme Rachel et moi-même, sont restés dans la Mouqata (siège d'Arafat) à Ramallah comme «boucliers humains». Une fois, Sharon a publiquement affirmé qu'il n'aurait pas pu tuer Arafat à ce moment-là vu que nous y étions. Compte tenu des révélations de Bergman, ce n'était évidemment pas ce qui le gênait. Ce sont les objections des USAméricains qui l’ont retenu.

Les USAméricains insistaient sur le fait qu'Arafat ne pouvait être tué d'une manière qui puisse jeter le soupçon sur Israël. Et en effet, Arafat est mort mystérieusement, et à ce jour on ne sait pas comment il est mort et qui est responsable de sa mort. Même Ronen Bergman ne le sait pas.

NdT

* Palmach (Unité de choc) : force paramilitaire sioniste formée par les Britanniques en 1941, qui, avec les groupes Haganah et Stern, a servi de base à la création de l’armée israélienne en 1948. En somme, des terroristes.

Uri Avnery أوري أفنيري אורי אבנרי

Original: How a Mossad plot to kill Yasser Arafat nearly cost me my life

Traduit par Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

Source : Tlaxcala, le 9 février 2018


 
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