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Mexique : un pays colonisé par Coca-Cola

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Capture Public SenatBisLe Mexique est le premier pays consommateur de Coca-Cola dans le monde et représente à lui seul plus de 40% des ventes de la marque en Amérique du Sud. Diabète, obésité, hypertension mais aussi assèchement de certaines régions, les conséquences négatives pour le pays sont nombreuses. Julie Delettre, réalisatrice de : « Mexique, sous l’emprise du coca » témoigne de cette implantation, aux airs de « colonisation ». 

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Les dessous de la mondialisation : Mexique, sous l'emprise du Coca

aut_5764Au Mexique, Coca-Cola a acquis un pouvoir considérable. Dans le sud du pays, au Chiapas, l'un des États les plus pauvres, la multinationale US a fait main basse sur l'eau et sur la vie de ses habitants.

Le Chiapas est considéré comme le réservoir d'eau du Mexique. Dans les années 80, la firme Coca Cola installe à San Cristobal de Las Casas sa plus grosse usine, qui emploie près de 300 personnes. Elle y pompe l'eau nécessaire à sa production, puisant directement dans la nappe phréatique de la ville jusqu'à en assécher certaines communautés alentours. Pour fabriquer 1 litre de Coca, il ne faudrait pas moins de 6 litres d'eau. Et les bénéfices de cette industrie ne semblent pas encourager les pouvoirs publics à affronter les problèmes de son réseau hydrique vétuste.

Entré dans l'ALENA en 1994, le Mexique a suivi les pas des USA dans sa politique néolibérale. La multinationale US s'est ainsi immiscée partout. Pas un village qui ne soit labellisé aux couleurs rouges et blanches de la marque. Les Mexicains sont devenus les plus gros consommateurs au monde de soda et notamment de Coca-Cola. Lors des cérémonies et rituels mayas, la boisson gazeuse remplace désormais les boissons fermentées d'autrefois. Des conséquences sanitaires désastreuses en découlent : 70 % de la population, sevrée également à la malbouffe, est en surpoids. Le diabète est l'une des principales causes de mortalité. Face à ce fléau, certains habitants tentent se mobilisent et tentent de se réapproprier leur ressource naturelle.

Un film de Julie Delettre produit par Wild Angle Productions.

Entretien avec Julie Delettre

Votre documentaire s’ouvre sur un rite religieux incluant le Coca-Cola, la boisson est-elle devenue quasi sacrée pour cette population ?

Au Mexique le coca est devenue une boisson sacrée

Exactement. Le rituel en question est exécuté par des Mayas Tzotziles du village de San Juan Chamula. D’après le maître de cérémonie, ils considèrent effectivement la boisson comme sacrée, elle permettrait notamment d’exorciser les démons intérieurs, en rotant, tout simplement. Elle participe aux cérémonies de guérison, de baptême, de naissance, de mariage, au cours desquelles ils boivent également un alcool fort, qu’ils associent à présent avec le Coca.
La couleur de la boisson, le fait qu’elle pétille, la sensation de coup de fouet après l’avoir bue les a amenés à considérer qu’elle les rendait plus fort.
La famille que j’ai suivie, par exemple, considère que le Coca ne leur a apporté que du bien, qu’il est même capable de les guérir. Quand je leur ai fait remarquer que ce n’était pas forcément bon pour la santé, ils m’ont répondu : « Ca c’est des mensonges de journalistes ».

Au Mexique le long des routes les échoppes sont repeintes aux couleurs de Coca-Cola

Au Mexique le long des routes les échoppes sont repeintes aux couleurs de Coca-Cola

Quelle est la stratégie menée par Coca pour s’imposer au Chiapas, l’un des états les pauvres situés dans le sud du Mexique ?

Le Coca-Cola est moins cher dans cette région, c’est une stratégie de la marque pour pouvoir s’implanter dans les villages assez reculés : vendre plus mais à moindre coût. Ils veulent être sûrs de pouvoir atteindre les familles les plus pauvres qui vont dépenser leurs moindres pesos là-dedans. La firme a colonisé la région en y installant un de leurs plus grandes usines de la région, à San Cristobal  et en créant des zones de distribution d’où partent des camions livrant les terres les plus reculées. Aussi, elle a proposé aux petites échoppes qui longent toutes les routes de la région de leur faire « une jolie déco », en les repeignant en blanc et rouge afin qu’elles soient plus visibles. Elle leur a aussi donné des tables et des chaises en plastique Coca pour que les gens « puissent s’asseoir et consommer plus ».
Grâce à cette stratégie marketing, la région entière est repeinte en rouge et blanc. Il est difficile d’échapper visuellement à Coca, et donc difficile de ne pas en boire.
Quand on parle de « colonisation », ce n’est vraiment pas un terme si fort que ça.

Au Mexique 70% de la population est en surpoids, l’une des nutritionnistes interviewées estime que la prochaine génération pourrait mourir avant 30 ans à cause de la consommation de Coca-Cola, le constat est-il si grave que ça ?

Oui, elle est alarmante sur cette question car les taux de diabètes, d’hypertension et le nombre de maladies cardiaques augmentent. Les enfants sont biberonnés au Coca, avant même d’avoir des dents…c’est impensable. A une époque la situation était d’ailleurs dramatique dans les écoles mais depuis une politique publique a été mise en place. La vente de Coca est devenue interdite au sein des établissements, les enfants reçoivent des cours de nutrition, il y a des cours de sports renforcés  des femmes sont invitées à cuisiner et à vendre leurs plats aux élèves pour leur déjeuner. Il y a une volonté de lutter contre cette « malbouffe ». Après, vous faites deux pas en sortant de l’école, vous avez des vendeurs de Coca partout, tout ce qui est fait à l’intérieur de l’école est ruiné en deux secondes quand vous sortez.

Les mères donnent du Coca cola à leurs enfants dés le plus jeune âge

Les mères donnent du Coca cola à leurs enfants dés le plus jeune âge

Vous mettez aussi en lumière le manque d’eau dans certaines régions, est-ce que c’est une question politisée au Mexique ?

Oui, car le problème touche globalement tout le pays. Les politiques publiques pour assainir les réseaux d’eau sont totalement inexistantes, ce qui se traduit par une absence d’eau potable dans les régions reculées. Au Chiapas, il y a une réserve aquifère au pied du volcan Huitepec mais l’usine Coca-Cola s’y est installée pour puiser le plus possible, elle est en effet très gourmande : pour 1L de Coca, il faut 6L d’eau.  Ils ont reçu l’autorisation de la Commission Nationale de l’Eau pour pomper 500 millions de litres d’eau par an ! Cela assèche les villages alentour, ceux raccordés au réseau n’ont plus rien au robinet et ceux habitués à vivre de l’eau des puits les voient se vider de plus en plus. Il y a eu des contestations quand l’usine a ouvert en 1994 mais au Mexique c’est un peu compliqué… un des intervenants m’a expliquée que le mouvement avait été vivement réprimandé et qu’il y avait eu des disparitions un peu mystérieuses. Je n’en ai pas la preuve, mais ce sont le genre d’histoires qui se racontent.

Depuis que Coca-Cola a installé sa plus grande usine à San Cristobal, ses habitants manquent de plus en plus d’eau, comment appréhendent-ils l’avenir ?

On sent une forme de résignation, un poids qui s’abat sur ses gens sans qu’ils puissent faire grand-chose… J’ai trouvé tout ça assez triste. Il n’y a pas beaucoup de messages d’espoir là-dedans.

Quelle est la stratégie menée par Coca pour s’imposer au Chiapas, l’un des états les pauvres situés dans le sud du Mexique ?

Le Coca-Cola est moins cher dans cette région, c’est une stratégie de la marque pour pouvoir s’implanter dans les villages assez reculés : vendre plus mais à moindre coût. Ils veulent être sûrs de pouvoir atteindre les familles les plus pauvres qui vont dépenser leurs moindres pesos là-dedans. La firme a colonisé la région en y installant un de leurs plus grandes usines de la région, à San Cristobal  et en créant des zones de distribution d’où partent des camions livrant les terres les plus reculées. Aussi, elle a proposé aux petites échoppes qui longent toutes les routes de la région de leur faire « une jolie déco », en les repeignant en blanc et rouge afin qu’elles soient plus visibles. Elle leur a aussi donné des tables et des chaises en plastique Coca pour que les gens « puissent s’asseoir et consommer plus ».
Grâce à cette stratégie marketing, la région entière est repeinte en rouge et blanc. Il est difficile d’échapper visuellement à Coca, et donc difficile de ne pas en boire.
Quand on parle de « colonisation », ce n’est vraiment pas un terme si fort que ça.

Au Mexique 70% de la population est en surpoids, l’une des nutritionnistes interviewées estime que la prochaine génération pourrait mourir avant 30 ans à cause de la consommation de Coca-Cola, le constat est-il si grave que ça ?

Oui, elle est alarmante sur cette question car les taux de diabètes, d’hypertension et le nombre de maladies cardiaques augmentent. Les enfants sont biberonnés au Coca, avant même d’avoir des dents…c’est impensable. A une époque la situation était d’ailleurs dramatique dans les écoles mais depuis une politique publique a été mise en place. La vente de Coca est devenue interdite au sein des établissements, les enfants reçoivent des cours de nutrition, il y a des cours de sports renforcés  des femmes sont invitées à cuisiner et à vendre leurs plats aux élèves pour leur déjeuner. Il y a une volonté de lutter contre cette « malbouffe ». Après, vous faites deux pas en sortant de l’école, vous avez des vendeurs de Coca partout, tout ce qui est fait à l’intérieur de l’école est ruiné en deux secondes quand vous sortez. 

Beatrix Moreau

Edité par María Piedad Ossaba 

Source : Public Senat


 
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