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L'automne catalan, l'État et le référendum

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aut_2338BisLe vrombissement de l'hélicoptère en toile de fond est devenu une constante pour celles et ceux qui vivent à Barcelone. Ces dernières semaines, à l’approche du 1er Octobre, date prévue pour le référendum sur l'indépendance, l'Etat démocratique a mis en œuvre, avec une méthode digne de sa généalogie postfranquiste, la révocation de l'autonomie de la Catalogne avec 14 arrestations de hauts fonctionnaires ; il a en outre  centralisé les pouvoirs du ministère régional de l'Économie et de la police de la communauté autonome, les Mossos d'Esquadra.

Un coup d'Etat, dit le président de la communauté autonome catalane dans The Guardian. Une douzaine de sièges de partis perquisitionnés et occupés sans mandat, en plus des imprimeries et publications impliquées dans la production du matériel du référendum; la suspension de conférences et d’événements publics à Valencia et à Bilbao; environ sept cent maires sanctionnés et convoqués pour avoir soutenu publiquement la consultation par leurs déclarations; une utilisation massive des forces de l'ordre de la Garde civile - la police d'État - avec deux ferry-boats amarrés dans le port de Barcelone [et deux autres, à Tarragona et Palamós, NdT].

Mercredi 20 Septembre des milliers de personnes sont descendues dans les rues devant le siège de la CUP [Candidature  d’unité populaire, indépendantistes, gauche radicale, NdT] et le siège, désormais mis sous tutelle, du Département des affaires économiques de la Generalitat de Catalogne pour exiger la démocratie, la liberté d'expression et le droit à l'autodétermination. Le parti de Rajoy avait déjà exprimé sa ligne dure sur le référendum et l'indépendance catalane, mettant en œuvre une stratégie faite d’opérations invoquant la  légalité et de répression. Une société divisée et plurielle où le drapeau catalan répond non seulement à une question nationale, mais est aussi chargé de l'expression des droits civils et de la démocratie contre un gouvernement de plus en plus fermé et autoritaire, décidé à imposer le maintien d’une gouvernance de crise basée sur l'austérité. Il y a eu plusieurs manifestations de solidarité avec la situation catalane: Madrid, Saragosse, Bilbao, Valence, La Corogne pour n'en nommer que quelques-unes. Parmi  celles et ceux qui manifestent ces jours-ci en faveur du référendum, il y a des gens d'idéologies politiques  et de classes très diverses, descendant dans  la rue pour des raisons très différentes, souvent contradictoires.

Comme c’est le cas pour de nombreuses expériences politiques de la dernière décennie en Espagne, le mouvement indépendantiste catalan prend un élan à partir de  l'occupation des rues le 15 mai 2011. Le mouvement de la Place de Catalogne  prend fin avec le vote unanime à main levée en faveur du droit à l'autodétermination. La même année, la CUP se présente pour la première fois aux élections en tant que représentante de la gauche indépendante radicale avec une campagne publicitaire dans laquelle, en plus des images de la place, elle fait siennes les revendications du mouvement. La même année, la CiU (Convergence et  Union) de droite, après une série de scandales de corruption, fait siennes les revendications d’indépendance  et  gagne les élections. Le gouvernement catalan de droite reçoit l’appui de l'ERC (Gauche républicaine de Catalogne) indépendantiste de gauche, qui approuve les coupes dans les dépenses publiques les plus drastique. La Catalogne est encore aujourd'hui le la communauté autonome la plus endettée d'Espagne, mais elle est gouvernée par  la nouvelle coalition JXS (Ensemble pour le Oui) à laquelle participent le secteur  lié à Artur Mas dans la nouvelle CDC (Convergence démocratique de Catalogne), ERC, la CUP et diverses entités indépendantistes. Les élections anticipées, convoquées par Mas en 2015, sont proposées par JXS comme des élections plébiscitaires pour le référendum. Cela advient après que le référendum d'indépendance promu par le même Mas pour le 9 novembre 2014 a été déclaré inconstitutionnel (les poursuites judiciaires  sont toujours en cours). La présidence actuelle de Catalogne est toujours dirigée par  la CDC (devenue PDeCat en 2016) avec Carles Puigdemont, avec le consentement de la CUP. La Generalitat, le gouvernement de la communauté autonome catalane, ne s’est pas distingué du précédent au cours des deux dernières années, si ce n’est par les lois adoptées cet été pour réglementer le référendum, ensuite déclarées inconstitutionnelles par une procédure judiciaire très contestée.

Le 26 septembre Puigdemont a déclaré à une chaîne française que pour pour son parti le référendum est seulement un élément pour négocier avec le gouvernement les nouvelles conditions d'une nation catalane reconnue par les  organismes internationaux, alors que pour d'autres est un acte de rébellion et de désobéissance au gouvernement de droite de Rajoy. Le mot d’ordre est toujours le même: la démocratie, celle née dans la transition après la mort de Franco avec la constitution de 78, grâce à un pacte entre les forces franquistes et socialistes; le souverainisme, où les intérêts de classe sont déséquilibrés par le protectionnisme et un pacte fiscal; le républicanisme, où, en l'absence de mobilisations sociales susceptibles de remettre les questions sociales sur le plan politique, on espère que la mobilisation indépendantiste soit  la condition préalable à une situation révolutionnaire qui initie le processus constituant d'un nouvel Etat néolibéral.

En même temps, la gauche social-démocrate, la soi-disant nouvelle politique, essaie de jeter les bases d'un accord entre les nationalistes de droite, le catalan et l'espagnol, revendiquant un référendum avec des garanties pour un gouvernement plurinational, avec une réunion à Saragosse cette semaine. À cet égard, la réunion invite les socialistes du PSOE à former une coalition anti-Rajoy, alors que  le Parti populaire gouverne aujourd'hui grâce au soutien des  mêmes socialistes. La sortie de la réunion a été bloquée pendant des heures par une centaine de fascistes. Le gouvernement a répondu en disant que tous les agents opérationnels étaient en Catalogne et qu’il n’avait donc pas d’effectifs pour intervenir. Dans les heurts, la présidente des tribunaux d'Aragon a été frappée et blessée à la tête, attaquée alors qu'elle sortait du lieu de la rencontre pour appeler la police à l’aide. Le dialogue préconisé par Pablo Iglesias et la mairesse  de Barcelone Ada Colau, qui s’est érigée au dernier moment en défenseur des 700 maires autonome catalans, avance, mais dans les termes définis par la contrepartie.

Le "Moby Dada" de Moby Lines, l'un des trois ferry-boats italiens loués par le gouvernement de Madrid pour héberger des policiers envoyés en Catalogne. Les deux autres sont l’ "Azzurra" et le "Rhapsody" de Grandi Navi Veloci. la présence de Titi le canari et d'autres personnages de Looney Tunes sur le navire a suscité une vague de commentaires ridiculisant le gouvernement du PP sur les réseaux sociaux

 

Un État faible incapable de fournir des solutions politiques aux racines nationales fortes a conduit à une polarisation binaire. En réponse à la campagne monothématique pour le Oui à l'indépendance catalane sous forme de République, en Espagne, ces jours-ci, les gens saluent et applaudissent les agents qui partent des différentes régions d'Espagne pour la Catalogne, criant en chœur «  A por ellos » (Sus à eux). La campagne pour le Non est soutenue indirectement par les médias dominants et directement par les fascistes qui descendent dans la rue manifester pour l'unité de l'Espagne. Ces derniers sont qualifiés par les médias de «citoyens» ou d’«ultras», ce qui entre dans un phénomène plus général de normalisation du fascisme. Les mouvements libertaires tentent de tirer la corde répressive en soutenant le référendum et l'indépendance pour rompre le régime constitutionnel de 78. Dans certains quartiers de Barcelone, des comités de défense du quartier sont organisés pour assurer la sécurité contre les attaques fascistes et le déroulement  référendum, alors que les dockers refusent d’arrimer les bateaux hébergeant les renforts policiers. Pour le 3 octobre, la CGT a appelé à une grève générale, pour essayer de déplacer la question nationale vers  celle des droits civils.

Plutôt que le référendum et ses négociations possibles - dont les intérêts sont plutôt explicites et les résultats dans des cas similaires ont généralement été négatifs - de nouveaux scénarios ne pourront s’ouvrir que si la grève catalane réussit à trouver des alliances qui transforment la lutte pour les droits en Catalogne en grève générale, pour déplacer le mouvement du discours nationaliste vers celui d'une grève générale susceptible d'aller au-delà des frontières nationales et de leur représentation.

Dario Lovaglio

Original: L’autunno catalano, lo Stato e il referendum

Traduit par Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

Source : Tlaxcala, le 30 septembre 2017

 

 
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