REDHER - La pluma
Accueil Articles Politique Monde


Crise au Venezuela : les USA veulent retrouver "leur" pays

Envoyer Imprimer PDF
Note des utilisateurs: / 0
MauvaisTrès bien 

aut_5550BisCe qui doit être souligné est qu’en établissant une Assemblée constituante au Vénézuela, le président Nicolas Maduro agit en accord avec la Constitution de son pays :

Article 348 : L’initiative d’appeler à une Assemblée nationale constituante peut émaner du président de la république, avec le cabinet des ministres ; de l’Assemblée nationale, par vote des deux tiers de ses membres ; des Conseils municipaux en session ouverte, par vote des deux tiers de leurs membres ; et de 15% des électeurs enregistrés par le Bureau de l’état civil et électoral.

 

Quant aux tentatives de l’opposition pour saboter l’établissement de l’Assemblée constituante par des manifestations, des émeutes et un appel au boycott national de l’élection de délégués à la nouvelle assemblée, elles ont été entreprises en infraction de la Constitution, dont l’article 349 stipule : ‘Le président de la république n’aura pas le pouvoir de s’opposer à la nouvelle Constitution. Les autorités constituées existantes n’auront d’aucune façon l’autorisation de faire obstruction à l’Assemblée constituante.’

Carlos Latuff

Il va sans dire, bien sûr, que les gens ne peuvent pas manger une Constitution. Avec des pénuries de nourriture, de médicaments et une inflation galopante, seuls les plus hardis tenteraient de suggérer que M. Maduro et son gouvernement n’ont pas à répondre à certaines questions sur une crise qui a bouleversé la société vénézuelienne.

Mais ces questions sont différentes de celles qui sont soulevées par le fatras de la couverture médiatique occidentale hostile au gouvernement vénézuelien. Dans ce qui a ressemblé à la cacophonie nocturne de grenouilles dans un étang, Maduro a été calomnié avec cette sorte d’hystérie réservée à ceux qui osent s’embarquer dans un programme de redistribution des richesses favorable aux pauvres et à la classe laborieuse. Pour ces personnages, le socialisme est une abomination, une menace mortelle contre leur conception de la liberté en tant que mécanisme par lequel, comme l’a dit Thucydide, ‘les forts (les riches) font ce qu’ils veulent, et les faibles (les pauvres) souffrent comme ils le doivent.’

Voici le traitement de CNN du choix, le 30 juillet, de mandater l’établissement d’une Assemblée constituante. ‘Les critiques du Vénézuela et de l’étranger expliquent que cette action de Maduro éroderait les derniers signes de la démocratie dans le pays.  « Cela donnerait l’opportunité au gouvernement de transformer le Vénézuela en État à parti unique, sans les attributs de la démocratie, » dit Eric Farnsworth, vice-président du Council of the Americas, une association d'hommes d'affaires.

Deux éléments ressortent dans ce passage. Le premier est l’affirmation selon laquelle une assemblée constituante serait anti-démocratique. Étant donné le cadre déjà mentionné de la Constitution du pays, cette affirmation est fausse. La deuxième est la position de M. Farnsworth comme ‘vice-président du Council of the Americas, une association d'hommes d'affaires.’

Le Council of the Americas est une organisation basée aux USA, avec des antennes à Washington DC, New York et Miami. Dans sa déclaration de mission, elle de décrit comme ‘la principale organisation internationale d'hommes d'affaires, dont les membres partagent le même engagement pour le développement économique et social, le libre marché, le droit, et la démocratie à travers l’hémisphère occidental. »

En lisant ce passage, vous seriez bien en peine de trouver un soutien plus concis et plus clair au capitalisme de libre marché et des droits qu’il confère aux riches d’exploiter les pauvres au nom de la démocratie. Comme le souligne l’auteur George Ciccariello-Maher, « les aspirations anti-démocratiques de l’opposition se drapent dans le langage de la démocratie. » De plus, quand nous apprenons que le vice-président des USA, Mike Pence, est entré directement en contact avec des leaders de l’opposition vénézuelienne, notre mémoire collective devrait immédiatement nous transporter à travers le temps jusqu’à l’Iran de 1953, au Guatemala de 1954, à l’Indonésie de 1965, au Chili de 1973, et bien sûr à l’Ukraine de 2014 – des exemples de coups d’État fomentés ou soutenus par les USA contre des leaders assez téméraires pour refuser d’obéir à leur suzerain impérial.

Pas besoin de sortir de Saint-Cyr pour comprendre, surtout dans le cas d’un pays où un coup d’État soutenu par Washington a raté en 2002.

Les problèmes économiques du Vénézuela sont principalement dus à l’effondrement des cours mondiaux du pétrole de ces dernières années. Entre 2014 et 2016, le prix du brut a chuté de 96,29 à 40, 68 dollars le baril, une baisse monumentale de plus de 40%. Et bien que le prix soit reparti à la hausse en 2017, à 50,31 dollars le baril, il reste à sérieuse distance de son zénith de 2012, à 108,45 dollars le baril.

Pour un pays aussi dépendant du prix du pétrole, une baisse de cette importance sismique représente la garantie d’un choc économique également sismique. Et au-delà, le pétrole étant le seul produit d'exportation notable du Vénézuela, la crise a exposé des faiblesses structurelles de l’économie bien antérieures à l’arrivée sur la scène d’Hugo Chavez, et a fortiori de son successeur Nicolas Maduro.

Comme déjà mentionné, malgré tout, le gouvernement Maduro a une part de responsabilité dans la crise actuelle. Revenons à George Ciccariello-Maher, dont nous apprenons que « le système mal conçu de contrôle de la monnaie qui gouverne la distribution des revenus du pétrole n’a jamais été totalement démantelé. Le résultat en a été un cercle vicieux de spéculation sur la monnaie sur le marché noir, le stockage et la contrebande d’essence et de nourriture, et une explosion de la corruption à l’intersection des secteurs public et privé. Confronté à des manifestations de rue et à des pénuries de nourriture, Maduro a répondu de façon désordonnée. Pour tenter de garnir les rayons des supermarchés en produits alimentaires, il a soutenu la production locale des communes tout en courtisant les entreprises privées. »

Ce qu’il faut comprendre est que les événements du Vénézuela ne se produisent pas dans le vide. Ce pays riche en pétrole, qui a été un espoir pour les pauvres, les indigènes et les opprimés du continent avec l’arrivée d’Hugo Chavez au pouvoir en 1999, fait l’expérience des défis spécifiques à la création d’un îlot socialiste au beau milieu d’une mer de capitalisme dominé par les USA.

Sa vulnérabilité à la volatilité des prix du pétrole ne fait que confirmer que la présence de grandes réserves de pétrole peut handicaper, plutôt que renforcer, le développement économique d'un pays, particulièrement dans le Sud du monde, où la diversification économique se heurte à la réalité de la domination des marchés mondiaux par les institutions financières et les entreprises occidentales.

En dernière analyse, c’est le capitalisme et non le socialisme qui a échoué au Vénézuela. Mais c'est au socialisme qu'on veut faire porter le chapeau.

Ce qui se passe au Vénézuela est une tentative de contre-révolution. Washington veut retrouver « son » pays, ce qui explique pourquoi elle apporte des soutiens ouverts et secrets à une opposition déterminée à ramener le pays à son ancien statut de filiale des USA.

John Wight

Original: Venezuela Crisis: the US Wants “Its” Country Back

Traduit par Entelekheia

Source : Tlaxcala, le 9 août 2017

A lire sur La Pluma:

Venezuela: la parole au Pouvoir constituant originel, le peuple !



 
Plus d'articles :

» Séance Séminaire ALHIM du 23 février 2018. Présentation du livre « José Martí, 1853-1895. Les fondements de la démocratie en Amérique Latine » de Paul Estrade (Université Paris 8)

Séance Séminaire ALHIM (Amérique Latine Histoire et Mémoire)

» Les incohérences du "Groupe de Lima" sur le Venezuela

Le Groupe de Lima*, qui réunit plusieurs gouvernements néo-libéraux dans l'orbite des USA , vient d’exprimer son refus absolu de la décision du Venezuela d’organiser l'élection présidentielle le 22 avril 2018. Or cette date, selon les...

» Les assassinats de dirigeants sociaux: la guerre qui continue en Colombie

Bien que le taux général d'homicides ait diminué avec l'accord de paix entre le gouvernement et les FARC-EP, la violence continue contre ceux qui défendent les droits des plus vulnérables, c'est-à-dire contre ceux-là même qui ont subi la...

» Venezuela : entre crise et déstabilisation. Quel futur pour la Révolution bolivarienne ? Conférence-débat

Crise politique et économique, tensions régionales, sanctions et ingérences des Etats- Unis (et de l’Union européenne), campagnes médiatiques, la situation au Venezuela fait l’objet de nombreux commentaires, souvent instrumentalisés...

» L’ordre de combat a été donné : La guerre de Santos contre le Venezuela

L’opposition de droite vénézuélienne a reçu l’ordre depuis la Colombie (on ignore s’il est venu de Santos ou de Tillerson en personne) de ne pas signer l’accord passé avec le gouvernement à Saint-Domingue Les médias...

» Les Sujets Qui Fâchent #1 : Le Vénézuela

Première de la nouvelle émission « Les sujets qui fâchent » sur , présentée par Gérard Miller le 9 février 2018. Le journaliste Maurice Lemoine, ex-rédacteur en chef du Monde Diplomatique et qui couvre l’Amérique Latine depuis...

» Gaviria Ocampo : "Près de 40 % du budget de la Colombie dilapidés en guerre et dette"

Jérôme Duval entretien avec William Gaviria Ocampo L’économiste colombien William Gaviria Ocampo dresse une description alarmante de la situation qu’affronte le peuple colombien suite à la négociation de paix entre le gouvernement et la...

» Le massacre de My Lai, cinquante ans après

Mille neuf cents soixante-huit fut une année exceptionnelle! La révolution était dans l'air partout dans le monde depuis les nations de la vieille Europe jusqu’au Mexique, aux USA, et au-delà. Vivre à une époque révolutionnaire avait...

» Au Honduras, tout est mal qui finit mal

Membre du Parti national (PN, droite), Juan Orlando Hernández – surnommé « JOH » – a été investi pour un deuxième mandat (2018-2022), dans le Stade national de Tegucigalpa, la capitale du Honduras, le 27 janvier. S’il a pu...

» Marco Teruggi : « Une révolution inachevée face à une contre-révolution totale »

Entretien réalisé par Cathy Ceibi Dos SantosVenezuela. Alors que le gouvernement vénézuélien et l’opposition de droite pourraient parvenir aujourd’hui à un accord politique, Washington redouble d’efforts contre Caracas. Le sociologue...

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir

Gracias, pero con Cialis soft intentaron sin embargo, lo que los medicamentos como el Viagra comprar-cialis.net

Les dossiers brûlants d'actualité

 

Édition spéciale «Bilan 2017»

« Pas du mouvement dans le silence, notre cri est pour la liberté » Graffiti quartier San Antonio, Cali, Colombie » L'année 2017 en mots et en noms   Les pays qui ont fait la Une des ...

 

Venezuela: la parole au Pouvoir constituant originel, le peuple !

« Dans le silence pas du mouvement, notre cri est pour la liberté » Graffiti quartier San Antonio, Cali , Colombie » La Pluma.net apporte son appui inconditionnel à la Révolution boli...

 Colombie : Manifeste pour la paix, jusqu'à la dernière goutte de nos rêves

Colombie : Manifeste pour la paix, jusqu'à la dernière goutte de nos rêves

Il existe dans le cœur de l'Amérique un refuge humain enlacé à trois cordillères, bercé par d'exubérantes vallées, des forêts touffues, et baigné par deux océans... Lire / Signer manifeste
Uno Levitra Professional es de los MEDICAMENTOS mas Comunes comprar levitra en-linea

Compteur des visites

mod_vvisit_countermod_vvisit_countermod_vvisit_countermod_vvisit_countermod_vvisit_countermod_vvisit_countermod_vvisit_countermod_vvisit_countermod_vvisit_counter
mod_vvisit_counterAujourd'hui9394
mod_vvisit_counterHier26193
mod_vvisit_counterCette semaine97475
mod_vvisit_countersemaine précedente126310
mod_vvisit_counterCe-mois-ci454527
mod_vvisit_countermois précedent537187

We have: 227 guests online
Ton IP: 54.226.253.34
 , 
Aujourd'hui: 22 Fév 2018