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Ana Palacio, l'ancienne ministre espagnole qui déclara un jour que le Sahara occidental n’était pas une monnaie d’échange (ça a bien changé depuis)

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Ana Isabel de Palacio del Valle Lersundi, Marquise de Matonte, ancienne vice-présidente de la Banque mondiale, membre de la Commission pour la libération de la croissance française présidée par Jacques Attali, ancienne vice-présidente et directrice internationale et marketing du groupe nucléaire français Areva.

Oubliées ces paroles : l'ancienne ministre du Parti populaire fait maintenant partie du groupe d'experts du Maroc qui plaident en faveur d'une cadre d’autonomie « mutuellement acceptable » au Sahara et attaquent le Front Polisario, le mouvement de libération sahraoui qui lutte contre l'occupation marocaine du Sahara occidental depuis que l'Espagne a abandonné le territoire il y a plus de 40 ans.

Cette activité d’ Ana Palacio s’ajoute à celle de conseillère juridique, produisant des rapports utilisés par les acheteurs de phosphates du Sahara Occidental au Maroc pour légitimer leurs importations auprès de leurs actionnaires, selon Western Sahara Resource Watch (WSRW), un réseau international d'organisations de plus de 30 pays qui enquête  sur les entreprises qui collaborent avec les intérêts marocains dans les territoires occupés du Sahara occidental.

Membre élue du Conseil d'Etat espagnol et fondatrice du cabinet d'avocats Palacio y Asociados - spécialisé dans le droit européen, le droit international public et l'arbitrage -, Ana Palacio a eu parmi ses clients les sœurs Koplowitz [Esther et Alicia, les femmes les plus riches d’Espagne, NdT], l'ancien Premier ministre italien Silvio Berlusconi, qu’elle a représenté devant la Cour européenne des droits de l'homme à Strasbourg, et Rafael Pérez Escolar [condamné à 10 ans de prison, aujourd’hui décédé, NdT], complice  de Mario Conde [condamné à 20 ans de prison, NdT] dans le scandale financier de la banque Banesto, selon les données publiées par Cecilia Guzmán dans  El Plural.

Le Maroc s’ajoute donc à la longue liste des organismes et conseils d’administration qui ont fourni des gains substantiels à Ana Palacio: conseillère  de la Banque mondiale, d’Anadarko Petroleum Corporation,d’ Investcorp, du Global Agenda Council du Forum économique mondial, de l’Atlantic Council US, du groupe français AREVA - leader mondial en matière d'énergie nucléaire -, de PHARMA MAR,  d’Hidrocantábrico (HC Energía), d’Enagas ...

Nommée ministre AE le 10 juin 2002, Ana Palacio a exercé ses fonctions dans un climat de tension avec le Maroc: débarquement de marins marocains sur l'îlot Persil, retrait passager d'ambassadeurs et opposition espagnole à la proposition d'autonomie du Sahara au sein du Maroc.

 

Ana Palacio Mohamed VI

Ana Palacio avec Mohamed VI

Une série de manifestations de la ministre d’Aznar en 2002 ont exposé la position du moment du Gouvernement espagnol sur le conflit au Sahara occidental:

-Le 11 août 2002, Ana Palacio déclare à Europa Press : « Nous devons avoir comme perspective de régler la question et cela passe les intérêts des pays voisins et fondamentalement par ce qui est l’expression du peuple sahraoui » .

-Le 26 septembre elle dit à Peru Egurbide  d’ El País: « Le Sahara n’est pas une monnaie d’échange. Notre position sur le Sahara est fondée sur beaucoup de choses, mais en aucun cas il ne sera une monnaie d’échange pour améliorer nos relations avec le Maroc ».

Et le 9 décembre Marco Schwartz écrivait dans le Diario Córdoba : « La ministre des Affaires étrangères, Ana Palacio, a déclaré hier que l'ONU doit chercher une solution au conflit du Sahara qui prenne en compte non seulement les intérêts du Maroc, mais aussi ceux du peuple sahraoui. Palacio a pris  la défense des droits de Sahraouis trois jours avant de recevoir à Madrid le ministre marocain des Affaires étrangères, Mohamed Benaissa, pour trouver une solution à la crise diplomatique qui sépare les deux pays depuis plus d'un an et dont l’origine est précisément le refus espagnol d’ un règlement favorable seulement à Rabat ».

 

Aznar con Abdelaziz, junio 2005

José María Aznar avec feu le président de la RASD Mohamed Abdelaziz

C’est dans ce contexte que le Front Polisario avait dit considérer Aznar comme le Premier ministre espagnol ayant eu «les prises de position les plus claires en faveur de la cause sahraouie », comme l’avait déclaré le Premier ministre de la République arabe sahraouie démocratique (RASD), Abdelkader Taleb Omar, en juin 2013, à El Espía Digital  ou comme le rapportait la journaliste Ana Romero d’ El Ayoune, en novembre 2010, avant d'être expulsée par les autorités marocaines: « Les Sahraouis disent qu’Aznar est celui qui les a le mieux traits».

Sensible aux pressions marocaines

Mais les agissements d’ Ana Palacio n'ont pas mené dans la direction où elles semblaient conduire. Carlos Ruiz Miguel, professeur de droit constitutionnel à l'Université de Saint-Jacques-de-Compostelle, a écrit en juin 2004 qu’ Aznar avait réussi à convaincre Bush de faire pression pour une solution au conflit du Sahara et  réussi à articuler un axe Madrid-Alger-Washington-Tindouf-Nouakchott qui fut  décisif pour l'approbation du « plan Baker II ». Mais cette initiative « a été dynamitée à la dernière minute par la néfaste Ana Palacio, qui, après tout le travail accompli par la délégation espagnole à l'ONU, a été “sensible” au dernier moment aux pressions des Marocains terrifiés,  et elle fait échouer l’approbation de la résolution que l’ONU était sur le point d'approuver et d’ ordonner l'exécution du plan» .

Das années plus tard, le 30 novembre 2010, Carlos Ruiz Miguel et Romualdo Bermejo García, professeur de droit international public à l'Université de León, ont insisté sur la même thèse dans ABC : « En 2003, l'Espagne a relancé le processus pour obtenir que le Conseil de sécurité adopte à l'unanimité la résolution 1495 sur le » plan Baker « Toutefois, la ministre des Affaires étrangères Ana Palacio a tiré dans le pied du président de son gouvernement, Aznar, pour accéder à la demande marocaine d’édulcorer la formulation de la résolution, qui, d’« endosser» , avec force d’exécution, est passée à« appuyer» le plan,  sans force coercitive. Ensuite, tout est allé de pis en pis. L'arrivée de Rodriguez Zapatero à la présidence du gouvernement et la nomination de M. Moratinos comme ministre des Affaires étrangères a signifié un recul dans ce processus de solution ». Ana Palacio a écrit sur le site ouèbe du Forum économique mondial qu’en mai de cette année elle s’est rendue à El Ayoune, capitale du Sahara occidental sous occupation marocaine, pour examiner le caractère durable ‘ »soutenable ») des opérations du groupe OCP, premier producteur mondial de phosphate, dont elle fait partie  Conseil consultatif international, qui mène ses activités au Sahara à travers sa filiale Phosboucraa. Le  but de sa visite était de « mesurer l'impact des activités de Phosboucraa du point de vue de leur conformité à la doctrine de l'ONU sur l'exploitation des ressources naturelles dans les territoires non autonomes, sur la base des avantages pour le territoire et de ses habitants en attendant que son statut politique final soit déterminée ».

http://tlaxcala-int.org/upload/gal_16322.jpg

Des rapports pour justifier le commerce de phosphate

Ce que  n'a pas dit la présidente de Palacio  y Asociados ; c’ est que ces rapports, comme ceux d'autres cabinets d'avocats engagés par l'OCP, « sont systématiquement utilisés par les importateurs internationaux de phosphates pour légitimer leurs importations aux yeux de leurs actionnaires ». Ce sont,  selon WSRW, des « analyses confidentielles » qui semblent établir que la population locale bénéficie de cette industrie, mais «cette même population locale –propriétaires du phosphate - n'a ni le droit de voir ces rapports ni la possibilité d'évaluer leur véracité « .Dans son rapport P pour pillage 2015, WSRW note que l'entreprise DLA Piper a fait équipe avec Palacio y Asociados pour remettre à l’OCP  un avis justifiant le trafic de phosphate, évoquant des bénéfices potentiels pour la “population locale” qui justifient l’exploitation et le commerce.

WSRW a contacté les deux sociétés pour connaître leur position : DLA Piper a dit qu’il y avait un secret professionnel et qu'il s’agissait d’un avis « émis au profit des Phosphates de Boucraa, SA et de leur maison mère, l'Office Chérifien des Phosphates ».  Ana Palacio a exprimé son désaccord avec l'analyse de WSRW et également invoqué le secret professionnel. Dans l’article cité plus haut, Ana Palacio remet en cause  le Front Polisario – reconnu comme représentant du peuple sahraoui par l'ONU et l'Union européenne - et sa « campagne agressive récemment lancée contre des tierces parties », en l’occurrence une action en justice devant la juridiction civile sud-africaine demandant la saisie d'une cargaison de phosphate extrait du Sahara; elle dit que cette tactique, « jamais utilisée auparavant d'utiliser les juridictions nationales pour nuire au Maroc ne fera que saper le processus » [on se demande de quel processus elle parle , NdT].

L’ ancienne ministre qui a maintenu la position du gouvernement espagnol en faveur de l'invasion de l'Irak en 2003 et a défendu, et fait défendre par les ambassadeurs de l'Espagne, la thèse que les attentats du 11 Mars 2004  étaient l'œuvre d'ETA, dit, depuis son poste d'avocate du Maroc que « la solution au conflit du Sahara occidental ne viendra que d’un engagement de toutes les parties concernées, principalement le Maroc et le Front Polisario, mais aussi des pays voisins, en particulier l'Algérie ».

Alfonso Lafarga

Original: Ana Palacio, la exministra española que dijo que el Sáhara no era moneda de cambio

Traduit par Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

Source : Tlaxcala, le 17 juillet 2017


 

 

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