REDHER - La pluma
Accueil Articles Opinion


L’intégration eurasienne rencontre « l’Amérique d’abord »

Envoyer Imprimer PDF

aut_1128bis2Les spéculations hystériques sur la fin du siècle américain sont oiseuses. Ce qui compte sont les faits, qui prouvent la progression inexorable de l’intégration d’une grande partie du monde.

Des développements importants à Washington, Bruxelles, en Virginie et à Saint-Pétersbourg au cours de ces derniers jours peuvent nous offrir de sérieux indices sur la direction que nous prenons – géopolitiquement et géo-économiquement.

Commençons par un flot d’analyses néo-apocalyptiques selon lequel le retrait du président Trump des accords de Paris sur le climat aurait plongé l’Occident dans un conflit pire n’importe quel autre depuis la Seconde Guerre mondiale.

Ce qui a été décrit comme « une gaffe historique » par l’un des négociateurs des accords de Paris a également déclenché une violente rebuffade publique – et en anglais – de la part du président français Emmanuel Macron.

La chancelière allemande Angela Merkel, à la réunion du G7 à Taormine, avait déjà prévenu Trump qu’il allait laisser « le champ libre aux Chinois » si les USA se retiraient.

Et de fait, cela a ressemblé à un coup de communication céleste pour le Premier ministre chinois Li Keqiang, qui a rencontré Merkel à Berlin et une horde d’eurocrates à Bruxelles.

La Chine est le deuxième partenaire commercial de l’UE après les USA. Un communiqué joint – leur premier en politiques publiques – au sommet Chine-UE a déclaré le changement de climat « plus que jamais un impératif ». Pékin et Bruxelles se sont engagés à baisser leur consommation d’énergie fossile, à développer des technologies vertes, et à lever une somme de 100 milliards par an en 2020 pour aider les pays du Sud à diminuer leurs émissions.

Pour Pékin, le leadership en matière de combat contre le changement climatique se traduit aujourd’hui par une accumulation sans précédent de capital politique. Ajoutons-y son ambitieux projet, la nouvelle Route de la soie – rebaptisée Initiative Belt and Road – et nous avons la Chine en position de mener sur deux fronts, le multilatéral et l’environnemental.

Cela se produit alors que les émissions de la Chine ont baissé depuis 2013 – en parallèle avec leur installation de panneaux solaires en grand nombre. La Chine peut demeurer le pollueur N°1 au monde, mais en même temps, elle progresse inexorablement en tant que premier constructeur, développeur et exportateur d’énergies renouvelables au monde.

Comme la nouvelle Route de la soie étend ses infrastructures tentaculaires vers l’UE, les investissements chinois sont promis à dépasser les 35 milliards d’euros engagés en 2016.

Pékin est pointilleux sur l’intégration européenne et considère l’UE comme un concurrent multipolaire potentiel des USA. A Berlin, Li Keqiang, qui « espère que l’UE restera unie, stable et prospère », célèbre la synchronicité entre Made In China 2025 – un projet d’innovation en production – et l’industrie allemande 4.0 – qui porte sur la production tech basée sur des systèmes cyber-physiques, l’Internet des objets et les technologies Cloud.

Lentement mais sûrement, nous commençons à voir les contours de la « stratégie complète de partenariat » que les stratèges chinois avaient imaginée dès le début des années 2000.

Ou – d’une façon plus alarmante d’un point de vue occidental – ce que nous avons est une Chine qui aura rattrapé son retard en innovation avant 2020. Des diplomates admettent que les rapports de commerce inclus dans la dernière étude de confiance en matière d’investissements de la Chambre de commerce de l’UE en Chine ont plongé les commissaires de l’UE dans la panique.

Le point-clé est que l’UE ne peut pas contourner l’orbite des gigantesques investissements transcontinentaux des infrastructures de la nouvelle Route de la soie. Pékin ne considère peut-être pas l’UE comme un acteur géopolitique sérieux, mais il s’amuse beaucoup de voir l’UE essayer de rattraper les USA en matière de commerce mondial.

Sans surprise, Merkel emprunte un chemin parallèle. A Taormine, nous avions une sorte de G-6 contre Trump. Au G-20 de Hambourg le mois prochain, Berlin veut réunir 19 nations contre Trump.

Le mélodrame de  la « communauté mondiale »

Pendant ce temps, la semaine dernière, le groupe Bilderberg tenait son célèbre rendez-vous annuel secret à l’hôtel Marriott de Chantilly, en Virginie – pas loin de la Maison-Blanche.

Voici la liste des participants. Le président de la réunion, Henri de Castries, n’est nul autre que l’un des cerveaux du phénomène Macron.

L’un des panels de discussion était intitulé « L’administration Trump : rapport sur la progression ». Malheureusement, le code strict de secret de Bilderberg ne permet pas aux simples mortels de partager ses lumières, mais Henry Kissinger – qui a récemment rencontré Trump pour parler de la Russie – y assistait.

L’élément comique à Bilderberg tenait probablement aux directeurs de quatre des dix géants des services financiers – AXA, Allianz, ING et Santander – se demandant gravement « La mondialisation peut-elle être stoppée ? ». On peut se demander s’ils arrivaient à garder leur sérieux.

Puis, il y avait le panel sur la Chine, avec Cui Tiankai, l’ambassadeur de la Chine aux USA, assis à côté du Secrétaire au commerce américain, du Conseiller à la sécurité nationale des USA, de deux sénateurs, de deux anciens directeurs de la CIA, des chefs du Groupe Carlyle et du KKR – et enfin et surtout d’Eric Schmidt, Secrétaire exécutif d’Alphabet, la compagnie-mère de Google, qui revenait de Chine.

Finalement, de l’autre côté de l’Atlantique, le St. Petersburg International Economic forum (Forum économique international de Saint-Pétersbourg) était tout en action – et sans secret.

L’investisseur Jim Rogers a déclaré que « de nombreuses façons, les sanctions contre la Russie ont aidé la Russie. Elles ont apporté un boom à l’agriculture russe. C’est une industrie à croissance très très forte aujourd’hui. Et elles ont poussé la Russie vers l’Asie. »

Sur le front de l’intégration eurasienne, le président Poutine a dit, « dans une semaine, nous entérinerons l’accession de l’Inde à l’Organisation de coopération de Shanghai en tant que membre à part entière. » La Russie a toujours soutenu l’accès de l’Inde à l’OCS.

Il y a plus. La Chine a déclaré son soutien plein et entier à l’accès de l’Iran à l’OCS – les discussions détaillées doivent se tenir au sommet du pacte cette semaine à Astana, au Kazakhstan, en présence du président Xi Jinping. Et la Chine est également prête à étudier toute demande d’accès à l’Organisation d’un pays-membre de l’OTAN, la Turquie, dont le président Tayyip Erdogan, a déclaré qu’il y est favorable.

Poutine a également envoyé un message clair et subtil sur les BRICS : « Cette organisation est née ici à Saint-Pétersbourg. Au début, nous n’étions que trois – la Russie, la Chine et l’Inde – mais ensuite, le Brésil et l’Afrique du Sud nous ont rejoints. Nous pensons que c’est une plateforme très importante pour harmoniser nos positions ».

De façon décisive, le président de la Nouvelle banque de développement des BRICS (New Development Bank, NDB), K. V. Kamath, a ajouté « il y a un consensus, entre les pays des BRICS, selon lequel nous devons davantage échanger en monnaies locales. »

Saint-Pétersbourg a établi qu’un accord sur une zone de libre-échange entre l’Union économique eurasienne (UEE) et l’Inde peut être signé avant deux ans. En parallèle, la Banque eurasienne de développement (BED) a commencé à financer des projets refusés par la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), selon le PDG de la BED, Dmitry Pankin.

Sur le front de l’énergie, en 2014, Gazprom et la China National Petroleum Corporation (CNPC) ont signé un méga-accord de 400 milliards de dollars sur 30 ans pour la livraison de 38 milliards de mètres cube de gaz russe annuels à la Chine. Gazprom approuvera les termes finaux de ce contrat à la fin 2017, selon son PDG Alexey Miller. Et bien sûr, un autre pipeline – le Power of Siberia -2 – sera également construit, et acheminera 30 milliards de mètres cube de gaz russe supplémentaire.

Sur le font bilatéral, ce que Macron avait suggéré au cours de la rencontre de Versailles avec Poutine s’est traduit à Saint-Pétersbourg par une table ronde France-Russie sur le commerce.

Et au cours du panel de dialogue USA-Russie de Saint-Pétersbourg, Poutine n’a pas pu être plus clair : « Nous ferons de notre mieux pour rendre le business en Russie attractif pour nos partenaires américains. »

Les spéculations hystériques sur la fin du siècle américain, ou sur la fin des États-Unis comme « leaders du monde libre », sont oiseuses. Ce qui compte sont les faits, qui prouvent la progression inexorable de l’intégration eurasienne, des accords entre la Russie et la Chine jusqu’à la coopération UE-Chine.

Quant à la doctrine Trump, elle a été clairement détaillée par le Wall Street Journal :

« Pour son premier voyage officiel, le président est parti avec une position claire, le monde n’est pas une « communauté mondiale », mais une arène où les pays, les acteurs non-gouvernementaux et les entreprises sont en compétition pour leurs profits et avantages. Nous apportons à ce forum une force militaire, politique, économique, culturelle et morale inégalée. Plutôt que nier cette nature élémentaire des affaires internationales, nous l’adoptons avec enthousiasme. »

Ainsi, les lignes de front sont délimitées ; l’intégration eurasienne doit apprendre comment traiter avec « l’Amérique d’abord ».

Pepe Escobar Пепе Эскобар

Original: Eurasian integration meets America First

Traduit par Entelekheia

Source: Tlaxcala, le 8 juin 2017

 

 

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir

Les dossiers brûlants d'actualité

 

Édition Spéciale « bilan 2016»

L'année 2016 en mots et en noms Les pays qui ont fait la Une Syrie, Turquie, USA, Russie, Maroc, Philippines, Allemagne, Royaume-Uni, Tunisie, Corée du Sud, Congo, Brésil, Italie, Chine, Yém...

 

Spécial : #HastaSiempreComandante FIDEL!

Fidel est une planète Sauvons-les tous et toutes Fidel est mort invaincu Fidel Castro : La dette ne doit pas être payée Fidel Castro a donné à Cuba une place hors norme dans le monde Fi...

 

Spécial COP21 PARIS

Notre-Dame des Landes : vers un conflit de légitimité démocratique ! Le pari ambigu de la coopération climatique Accord à la COP21 : même sur une planète morte, le commerce international ...

 Colombie : Manifeste pour la paix, jusqu'à la dernière goutte de nos rêves

Colombie : Manifeste pour la paix, jusqu'à la dernière goutte de nos rêves

Il existe dans le cœur de l'Amérique un refuge humain enlacé à trois cordillères, bercé par d'exubérantes vallées, des forêts touffues, et baigné par deux océans... Lire / Signer manifeste

Compteur des visites

mod_vvisit_countermod_vvisit_countermod_vvisit_countermod_vvisit_countermod_vvisit_countermod_vvisit_countermod_vvisit_countermod_vvisit_countermod_vvisit_counter
mod_vvisit_counterAujourd'hui27167
mod_vvisit_counterHier34724
mod_vvisit_counterCette semaine27167
mod_vvisit_countersemaine précedente263736
mod_vvisit_counterCe-mois-ci788353
mod_vvisit_countermois précedent779651

We have: 410 guests online
Ton IP: 23.20.214.5
 , 
Aujourd'hui: 25 Jui 2017