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“En matière de langage, parlé ou écrit, personne n'échappe à ses origines de classe” La dernière interview de Manuel Talens

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aut_3338BisEn hommage à notre frère Manuel Talens, décédé le 21 juillet 2015, nous publions sa dernière interview, réalisée par Enric Llopis en février 2014

Manuel Talens (Grenade, 1948) est un médecin, romancier, traducteur et chroniqueur de presse et de médias électroniques en langue espagnole. Pendant onze ans, il a été chroniqueur à El País.

En 2005, après s'être occupé pendant cinq ans de coordonner les traducteurs du site Rebelión, il est passé à Tlaxcala, le réseau international de traducteurs pour la diversité linguistique, un groupe multinational et multilingue dont il est un membre fondateur avec d'autres traducteurs européens et latino-américains d'une douzaine de langues et de cultures. Il a publié à ce jour trois romans La parábola de Carmen la Reina (1992), Hijas de Eva (1997) et La cinta de Moebius (2007) ainsi que trois livres d'histoires courtes, Venganzas (1995), Rueda del tiempo (2001, Prix Andalousie de la Critique 2002) et La sonrisa de Saskia y otras historias mínimas (2003). En 2008 est paru son livre d'essais Cuba en el Corazón.

Comme traducteur professionnel il a traduit en espagnol plus de soixante-dix œuvres de fiction, de sémiotique, de linguistique, de psychiatrie, des pièces de théâtre, des essais et des livres sur le cinéma, d'auteurs aussi divers que le Groupe μ, Georges Simenon, Edith Wharton, Groucho Marx, Paul Virilio, Blaise Cendrars, Derek Walcott, James Petras, Donna J. Haraway, Natan Zach, Fred Goldstein ou Guy Deutscher.

Tu te consacres aujourd'hui exclusivement à la traduction professionnelle, mais tu as été l'un des fondateurs de Tlaxcala, le réseau international de traducteurs pour la diversité linguistique, auquel tu as collaboré pendant des années. Quelles sont les différences entre les deux tâches? Comment as-tu développé le militantisme politique dans le travail de traduction?

J'ai aussi été pendant cinq ou six ans coordinateur des traducteurs de Rebelión, avant de commencer le projet de Tlaxcala fin 2005. Maintenant, oui, depuis quelques années, je me consacre exclusivement à la traduction professionnelle, parce que c'est le travail avec lequel je gagne ma vie, je ne peux pas l'abandonner. Je fais toujours partie de Tlaxcala, mais je suis dans une sorte de congé sabbatique prolongé, vu que les circonstances du destin font que j'ai à m'occuper d' un membre très proche de ma famille qui présente des des signes évidents de démence sénile et le temps libre qui me reste est très limité.

En ce qui concerne les différences entre la traduction professionnelle et Tlaxcala, c'est comme le jour et la nuit. La traduction professionnelle, qui dans mon cas a deux volets, le littéraire et le scientifique, ça ne dépend pas de moi, mais de qui me donne le travail. Si bien qu'il m'arrive des textes qui ne me plaisent pas toujours, mais je les traduis avec tout le sérieux du monde, car c'est mon obligation. Je prends ça comme un fonctionnaire qui va tous les jours au bureau.

Tlaxcala, comme de Rebelión, est un groupe de militants dans lequel tout le monde travaille gratuitement à l'écriture et à la traduction de textes politiques de gauche, pour diffuser tout ce que les médias grand public ne mentionnent jamais. La différence fondamentale entre Tlaxcala et Rebelión est que ce dernier est un site monolingue en espagnol et est destiné uniquement à la communauté hispanophone, tandis que Tlaxcala est multinational et multilingue. Bien sûr, dans les deux groupes ce sont les membres qui choisissent quoi traduire, personne ne nous impose une ligne politique de l'extérieur.

Les langues que je manie comme traducteur sont le français, l'anglais et, dans une moindre mesure, de façon très sporadique, le portugais et le catalan. Jusqu'à la création de Tlaxcala la langue cible de toutes mes traductions avait toujours été l'espagnol, ma langue maternelle. C'est avec Tlaxcala qu'est surgie  la possibilité d'inverser le chemin et, depuis, j'ai également traduit en français et en anglais, les langues apprises que je maîtrise le mieux. Tlaxcala est un site d'apprentissage extraordinaire.

Enfin, le militantisme politique en tant que traducteur est venu naturellement dans les années 90, pour le plaisir, lorsque l'Internet était encore assez limité, à travers mes collaborations spontanées avec certains groupes. J'avais pris l'habitude d'envoyer des traductions à Attac, Znet et Rebelión et cela m'a encouragé de voir qu'ils les publiaient. Jusqu'au jour où le comité de rédaction de Rebelión m'a appelé pour me demander de m'occuper des traducteurs. Et j'ai accepté.

Prenons, par exemple, "À la recherche du temps perdu", la série de Proust. Qu'est-ce que le lecteur qui ne connaît pas le français et  lit les traductions en castillan y perd ?

L'opinion suscitée par la littérature traduite dépend du talent de chacun, de la même manière que certains voient le verre à moitié vide et d'autres à moitié plein, la traduction est pour certains un mal nécessaire et pour d'autres, parmi lesquels je me compte, une activité merveilleuse qui nous permet de nous ouvrir au monde. Idéalement, tout le monde devrait pouvoir lire quoi que ce soit dans n'importe quelle langue pour apprécier les nuances originales, sans l'artifice d'un Don Quichotte et Sancho dialoguant en farsi  ou en japonais, mais comme cela est impossible, il y a  la traduction.

Le problème est que la traduction n'est pas une chose facile, parce que les langues ont des milliers de nuances et on  ne réussit pas toujours à trouver le mot le plus proche permettant, comme dit Eco, de "dire presque la même chose" dans la langue cible. Si l'on ajoute que le monde de la traduction, pour des raisons économiques ou de prestige dans d'autres domaines de l'écriture, a régulièrement accepté dans ses rangs des personnes non préparées côtoyant de grands professionnels, je comprends où tu veux en venir en me demandant ce que le lecteur de la traduction castillane de l'œuvre de Proust perd.

Voyons une phrase du célèbre épisode de la madeleine, lorsque narrateur écrit que sa mère, " voyant que j’avais froid, me proposa de me faire prendre, contre mon habitude, un peu de thé. Je refusai d’abord et, je ne sais pourquoi, me ravisai". J'ai chez moi la traduction de Pedro Salinas, où le poète s'en sort ainsi : "viendo que yo tenía frío, me propuso que tomara, en contra de mi costumbre, una taza de té. Primero dije que no, pero luego, sin saber por qué, volví de mi acuerdo". Je l'ai lu ce passage de nombreuses fois et je bute toujours sur ce "volví de mi acuerdo"  incroyablement maladroit qui, bien sûr, ne donne pas au lecteur hispanophone la même sensation que " me ravisai" donne au lecteur francophone. De fait, plus d'un lecteur se sera demandé ce que peut bien signifier " volví de mi acuerdo". Il aurait suffi à Salinas de choisir quelque chose de beaucoup plus simple, par exemple "cambié de opinión",  mais manifestement il n'était pas à la hauteur pour traduire un auteur aussi sinueux,  labyrinthique et difficile que l'auteur français. Heureusement, des traductions postérieures de Proust lui ont rendu justice.

Tu as collaboré pendant plusieurs années à El País (édition de la Communauté de Valence) jusqu'à ce que tu sois viré. Comment ça s'est-il passé et comment vois-tu l'évolution postérieure de ce média, jusqu'à aujourd'hui ?

(Rires) Dit ainsi, on pourrait croire que ça s'est passé comme dans les westerns, quand quelqu'un se fait virer à coups de pied au cul du saloon et se retrouvé allongé dans la boue de la rue, près des chevaux. Mais les choses ne se passent pas  comme ça. Maintenant, pour se séparer d'un collaborateur, il suffit d'un coup de téléphone d'un courriel ou dans certains cas, tout simplement du silence (comme l'a fait El País avec l'éditeur et critique littéraire Ignacio Echevarria).

 

Manuel Talens (Photo: Asun Harguindey) 

 Dans mon cas, ça a été par téléphone, Pep Torrent m'a appelé et m'a dit : "À partir de maintenant on ne publiera plus rien de toi". Et ainsi, mes onze années au País se sont conclues de manière peu glorieuse. C'était quelque chose à quoi je m'attendais depuis le jour où j'avais décidé d'exposer crûment mes convictions politiques. Ils trouvaient super que je tape à bras raccourcis en les citant par leur nom Zaplana, Rafael Blasco, Rita Barberá ou l'un des autres caciques corrompus du Parti populaire valencien, mais ils n'appréciaient pas d'avoir dans leur journal un marxiste dont, de temps à autre, la langue fourchait et contredisait les dogmes du groupe PRISA. Je suppose que Pep, que je considère comme un type bien, en avait marre d'avoir à censurer mes articles et a décidé de trancher dans le vif ou a reçu des ordres pour le faire. La vérité est que nous sommes mutuellement libérés d'un poids. Il n'est ni confortable ni logique de travailler sous surveillance dans la maison  de l'adversaire ou que celui-ci le fasse dans la tienne.

J'imagine que Manuel Vázquez Montalbán ou Eduardo Haro Tecglen ont dû à un moment avoir la même sensation d'aliénation que j'ai ressentie à la fin de cette période. Je suis sûr qu'eux, de par l'énorme prestige qu'ils avaient, le groupe PRISA les a gardés comme chroniqueurs jusqu'à leur mort; mais aujourd'hui, après la dérive néolibérale qui a frappé El País, il est tout simplement impossible de trouver dans ses pages quelqu'un qui défende les valeurs de la gauche au-delà du bouillon dilué que cuisinent les sociaux-démocrates (Fidel Castro les a joliment a appelés sociaux-couillons), dont les seuls ingrédients positifs sont les lois corrigeant les inadéquations des droits civiques  -mariage homosexuel, pleins droits des femmes à l'avortement ou loi sur les personnes dépendantes - mais toujours dans une marmite de charlatans. 

Comment vois-tu aujourd'hui, à distance, la réalité des médias traditionnels? Tu as collaboré pendant plusieurs années à Rebelión. Est-ce que pour toi les médias critiques sont une «alternative»?

Les grands médias dans ce pays restent ce qu'ils ont toujours été, des outils destinés à perpétuer le statu quo. Les différences qui peuvent exister entre ABC ou La Razón et El Pais ou El Mundo sont l'expression de positions économiques opposées au sein du système de marché qui nous gouverne. On peut opiner tout ce qu'on veut dans ces pages si on reste dans les limites du système, mais on te censure avec une poigne de fer si tu cherches à subvertir l'ordre établi ou pour le dire à la manière de Marx, si les philosophes, au lieu d'interpréter le monde, essaient de le transformer. 

Quant aux médias critiques comme Rebelión, Tlaxcala, Cubadebate, Counterpunch et bien d'autres, tous souffrent du même problème aujourd'hui insoluble, et ils prêchent aux convertis de gauche que sont les militants de toute société, ce qui fait que le message rebondit comme dans un miroir, il ne le traverse pas, les lecteurs se sentent confortés dans leurs certitudes et après la pluie, reviendra le soleil. Le hic c'est que ce gros tas de citoyens apolitiques ou "progressistes" de bon cœur, qui ne voient pas au-delà de la social-démocratie collaborationniste, n'ont même pas entendu parler de Rebelión ou de Cubadebate, mais ils lisent El País et La Vanguardia et regardent assidûment les bulletins de nouvelles des chaînes de télévision privées. Dans ces conditions, il est très difficile de changer les choses.

Dernièrement, j'ai assisté avec satisfaction à la naissance en Espagne d'InfoLibre, un média numérique de journalistes professionnels gauche (avec quelques infiltrés sociaux-démocrates, mais minoritaires) qui ne dépend pas de groupes économiques, mais des abonnements de ses lecteurs. InfoLibre est associé à un support numérique aux caractéristiques très similaires en France, Mediapart. J'aime cette conception du journalisme, car il assume comme nécessaire le professionnalisme de ceux qui le pratiquent et leur rémunération avec un salaire décent, il évite la participation de supporters de bonne volonté mais peu solvables et il fonctionne sans actionnaires anxieux de recevoir des dividendes, ce qui est le problème principal des médias classiques. Ce que j'ignore c'est le chemin que prendra ce type de journalisme dans un système où les grands groupes de médias contrôlent l'opinion des gens. 

Tu comprends la littérature sans engagement politique?

Bien sûr, je comprends la littérature sans un engagement politique explicite. L'histoire est pleine de grands écrivains qui ont pratiqué cela, Borges ou Proust, par exemple. Ce qui ne veut pas dire que dans leur œuvre on ne peut pas voir  leur origine sociale à tous deux, avec leurs tics, leurs préoccupations et leurs codes de classe idéologiques.

Avec l'engagement politique il faut être très prudent, parce que la frontière entre l'exposition d'un problème social et le pamphlet social est très mince et facile à passer. Est littéraire ce qui conduit insensiblement le lecteur à tirer ses propres conclusions idéologiques, et non pas que l'auteur impose les siennes en disant ce qui est bon et ce qui est mauvais. Dans les deux cas l'outil de transmission du message est le langage et ce qui distingue un artiste d'un pamphlétaire dilettante est sa maîtrise.

Gramsci, qui a beaucoup réfléchi sur le langage, a conclu que celui-ci n'est pas un produit d'expression individuelle mais sociale, du groupe, de la tribu. Si nous appliquons ce principe aux deux auteurs dont nous venons de parler, Borges et Proust, il semble clair que l'érudition, la précision verbale méticuleuse et la grammaire exquise de ces deux auteurs de styles diamétralement opposés, qu'il est impossible de prendre en défaut pour la moindre erreur linguistique, ont à voir avec le fait que les deux sont nés et ont été élevés dans des familles de la haute bourgeoisie de Buenos Aires et Paris. Et comme - toujours selon Gramsci –le langage des diverses classes sociales est sujet, comme celles-ci, à des relations hiérarchiques, de pouvoir, je ne pense pas qu'il est risqué de conclure qu'une partie du prestige universel dont jouissent Proust et Borges se fonde – en plus de leurs qualités littéraires indéniables – également sur le pouvoir politique que la classe sociale à laquelle ils appartenaient détient toujours en Occident. Leurs livres ne sont pas des pamphlets, mais des œuvres d'art : ils ne reflètent pas un engagement politique explicite, mais isolent avec succès le lecteur dans le territoire des préoccupations quotidiennes de la haute bourgeoisie qui sont étrangères à ce qui était alors appelé le prolétariat, une classe historiquement dépossédés qui ne pouvait pas se permettre de perdre du temps à cogiter sur des jardins de sentiers qui bifurquent ou faire du nombrilisme avec l'œil de la mémoire, parce qu'elle avait assez à faire pour gagner son pain quotidien.

Quand il s'agit de parler ou d'écrire, personne n'échappe à ses origines, parce que le langage n'est pas un véhicule neutre, aseptique, et ce n'est pas la même chose d'être le fils d'un télégraphiste de village, comme García Márquez, et d'être né dans une famille d'illustre lignée patricienne, comme Borges, ou avoir un père médecin, universitaire et de renommée internationale  et une mère lectrice assidue de Racine et de madame de Sévigné, comme Proust. Ce que je dis n'est pas un jugement de valeur, vu qu'esthétiquement García Márquez n'a rien à envier à Borges, ni Zola ne me semble moins bon que Proust, mais un constat empirique que la langue de tout auteur, pour peu qu'on s'y plonge, est comme une photographie conceptuelle de la couche socio-économique dont il provient. 

¿Où situerais-tu des écrivains comme Vargas Llosa, brillants dans la forme, mais idéologiquement conservateurs?

Vargas Llosa me semble un écrivain du XIXe siècle de premier ordre. Je garde un excellent souvenir de Conversation dans la cathédrale, que j'ai lu à vingt ans. Le dernier que j'ai lu de lui, La Fête au bouc, m'a beaucoup plu. D'autre part, les positions idéologiques qu'il défend dans ses textes d'opinion ne m'intéressent pas du tout, mais je lui reconnais le mérite de les exprimer avec conviction. Il  arrive à Vargas la même chose qu'aux médias militants numériques : ils prêchent à des convertis de gauche et lui à des convertis de droite. Son message rebondit aussi comme dans un miroir. 

Tu as écrit des romans, des histoires courtes, des essais et des articles d'opinion. Que cherchais-tu avec tout cela?

Ta question est très pertinente, car elle met le doigt sur la plaie du pourquoi de l'art comme activité: à quoi servent la peinture, la sculpture ou, comme dans mon cas, l'écriture? En ce qui me concerne, je ne me suis jamais considéré comme un écrivain professionnel. J'écris des œuvres de fiction ou je commente l'actualité parce que l'écriture est le meilleur moyen de me déchiffrer moi-même et déchiffrer de manière critique la réalité que je vois autour de moi. Parler en public n'est pas mon truc. Il y a des gens capables d'improviser des réponses sûres et certaines en quelques secondes à toute question dans une conversation. Cela me semble une qualité admirable, parce que ces gens sont en mesure de clouer le bec au plus prétentieux même s'ils n'ont pas raison, mais moi, je ne peux pas, les réponses me viennent à l'esprit deux heures plus tard et donc pas moyen de discuter avec un minimum de garanties. En revanche l'écriture me réussit mieux,  même si parfois ça m'a mis dans le pétrin.   

Il y a dix ans, j'ai eu une polémique dans El País avec Rafael Blasco, le politicien du Parti populaire de Valence, qui est actuellement jugé pour corruption, une polémique qui a duré un mois. Je l'ai attaqué le premier dans une chronique pour l'usage populiste qu'il faisait du Plan hydrologique national; il m'a répondu et j'ai contre-attaqué. Il m'a à nouveau répliqué et moi, je lui lancé la dernière flèche qui, apparemment, l'a  laissé sans arguments, et c'en est resté là. Rétrospectivement ce n'est pas que je sois fier de ce combat, en particulier parce qu'en fin de compte j'ai appris que les luttes sociales ne se gagnent pas avec des mots, mais dans la rue, comme viennent de le démontrer les Madrilènes dans le cas de la privatisation de la santé, mais je suis quand même content d'avoir mis en évidence la fragilité rhétorique d'un personnage aussi dangereux que Blasco à cette époque. 

Un critique t'a défini comme un "homme des Lumières" dans l'analyse d'un de tes romans. Tu t'identifies à ce qualificatif ? Quel sens et quelle validité la  raison illuministe, la pensée rationnelle et critique  ont-elles aujourd'hui ?

Si on considère cette étiquette comme favorable au rationnel et contraire au théologique, je pense qu'elle me définit bien. Je suis né dans l' Espagne national-catholique et j'ai été éduqué au Collège des Frères Maristes de Grenade, ce qui m'a vacciné à vie contre la pensée magique de la religion et les intrigues de l'Église catholique et ouvert le chemin vers le matérialisme historique qui, pour moi, est l'évolution logique des Lumières, une fois dépassées les limites de la pensée bourgeoise dans laquelle celles-ci étaient apparues dans la France de Voltaire, limites qui forcément la corsetaient. Ce qui ne veut pas dire, loin de là, que la pensée éclairée ou son corollaire, le matérialisme historique, aient aujourd'hui une quelconque validité ou prépondérance. Ils sont socialement marginaux et il est grand temps que nous le reconnaissions. 

Ce qui prévaut aujourd'hui dans l'ensemble de notre société, c' est l'exploitation mercantile pure et dure, déguisée en démocratie représentative bipartisane (PP ou PSOE, PSOE ou PP, en alternance) et, à ce jour, acceptée encore et encore par leur vote par une majorité de citoyens : les slogans publicitaires, conçus au millimètre en laboratoire et destinés à convaincre ces citoyens, ont remplacé la raison. Par exemple, pour rester en l'Espagne, pays mercantiliste passé en cinquante ans de l'espadrille à la BMW : avec des ingrédients aussi explosifs que six millions de chômeurs, près de trois millions d'enfants en-dessous du seuil de pauvreté (selon l'ONG Save the Children) et des centaines de milliers de familles jetées à la rue, expulsées par les banques, on pourrait penser que la gauche marxiste devrait exploser dans les sondages.Mais non, le PP et le PSOE, deux partis totalement ravis de vivre dans une économie de marché, et de soutiens actifs de la monarchie, sont toujours ceux qui, selon les sondages, auront encore une fois le plus de voix aux prochaines élections générales. [Entretemps, depuis février 2014, les choses ont changé, NdT

Pensée des Lumières ? Ce que cela signifie, qu'on le veuille ou non, c'est que la plupart des Espagnols ne se voient désormais plus comme des membres d'une classe opprimée, bien que dans la pratique ils le soient, et ne sont pas prêts à remettre à l'endroit le monde dans lequel ils vivent, bien qu'il soit devenu plus hostile que celui subi par leurs grands-parents. Cela n'a rien d'une pensée des Lumières, je l'appellerais plutôt un pensée fourvoyée, car elle entre en conflit avec le fait que l'Espagne est en train de se prolétariser. Dans leur for intérieur, les électeurs du bipartisme qui soutient ce régime et lui sert d'alibi ont avalé l'appât de la "Marque Espagne", slogan propagandiste répété quotidiennement par le Parti populaire et qui cache une réalité similaire à celle qu'annoncent les paquets de tabac :  qu'aujourd'hui, "l'Espagne tue". 

La gauche, comme je le vois, doit s'appliquer au maximum à  essayer de convaincre de manière éduquée et respectueuse la majorité des citoyens qui sont la base du bipartisme, en particulier ceux le plus proches par l'idéologie, ceux qui optent pour la social-démocratie, que sur cette voie, il n'y a pas de salut dans le monde aujourd'hui. La Troisième République, si elle doit advenir, le fera le jour où le peuple espagnol pratiquera la raison éclairée, la pensée critique, et ne permettra plus qu'on continue à l'embobiner. 

En lien avec la question précédente, comment définirais-tu le postmodernisme et la manière dont il affecte la littérature et l'art en général?

Je m'en tiens à la définition donnée par Umberto Eco dans ses Apostilles au Nom de la Rose, que je cite de mémoire: puisque tout a déjà été dit, fait et vécu par ceux qui sont venus avant nous, le postmodernisme consiste à revisiter le passé –la modernité née à la Renaissance -, mais à le faire avec humour, avec distance, avec irrévérence, sans se prendre trop au sérieux. En ce moment le meilleur exemple qui me vient à l'esprit pour illustrer cette définition d'Eco, ce sont les Ménines de Picasso qui sont au Musée Picasso de Barcelone. Même si l'homme de Malaga n'était pas un postmoderne, mais un moderne en bonne et due forme, ses Ménines sont une réinterprétation de Velazquez faite, surtout avec humour. L'inconvénient qui entache une telle position est le manque de rigueur et la tendance continue à considérer que tous les apports «postmodernes» sont valables parce que nous avons tous un droit démocratique de dire ce qui nous chante sur tout et n'importe quoi. Cet excès a été très bien expliqué par le philosophe britannique Christopher Norris dans Théorie acritique :  le postmodernisme, les intellectuels et la guerre du Golfe, que j'ai traduit en espagnol il y a des années. 

Naturellement, Eco fait référence dans ses Apostilles au monde de l'art, dont les composantes sont supposées avoir un certain parcours culturel qui n'est pas si courant, encore moins chez les citoyens ordinaires. Le citoyen ordinaire est sur une autre longueur d'onde, qui a à voir avec la survie au jour le jour, avec ce que les Cubains appellent resolvel. Si, selon Eco, la condition indispensable pour revisiter le passé est de le connaître, on pourra difficilement considérer comme postmodernes ceux qui ignorent la modernité ou ne la connaissent que comme une nébuleuse dont ont sait qu'elle est là, avec des noms qui vous disent quelque chose, mais sans plus. Combien de personnes ont lu en Espagne Quevedo, Larra, Galdos ou en France Rabelais ou Diderot? Combien ont vu le cinéma d'Eisenstein ou Griffith? Pour combien de gens Lennon et McCartney sont des dinosaures qui ont inventé la musique populaire à partir de rien et les groupes de punk rock des années quatre-vingt comme Green Day font déjà partie du panthéon des antiquités? Combien de gens pourraient localiser la République du Mali sur une carte du monde ? Sans une conscience claire du passé, de pourquoi le monde est ce qu'il est et nous sommes ce que nous sommes -  informations que seule la culture peut offrir -, le postmodernisme est un concept vide de contenu. C'est un produit de consommation pour intellectuels subalternes dans les milieux universitaires, qui sert à épater le bourgeois [en français dans le texte, NdT] avec des mots qui sonnent bien, mais le postmodernisme, le citoyen ordinaire n'en a rien à cirer, parce que dans la pratique, il n'a accès qu'à des slogans préfabriqués et des  produits culturels jetables, à obsolescence programmée, que quelqu'un s'est auparavant chargé de concevoir pour lui ou elle au département de publicité. 

Penses-tu qu'il y a un élément commun dans tes romans? Qu'est-ce qui t'a poussé à les écrire? Tu pensais principalement à un lecteur destinataire ou plutôt à mettre tes idées sur le papier ?

Il y a un élément qui semble évident dans mon œuvre de fiction et c'est le défi de mes personnages à l'autoritarisme. Il ne faut pas oublier que chaque écrivain qui n'est pas un mercenaire ou n'écrit pas sous dictée utilise généralement ses propres fantasmes d'enfance comme source d'inspiration et les miens sont liés à une Espagne hypocrite, autoritaire, militarisée, patriarcale, castratrice, pleine de curés, de répression sexuelle, de catholicisme de pacotille, de sexisme, de misogynie, d'homophobie ... Je l'ai vécue  comme une véritable horreur et mes personnages, logiquement, affrontent cette horreur, que ce soit dans des situations revivant cette époque ou d'aujourd'hui. Parce que les choses n'ont changé dans ce pays qu' en apparence. Le contexte aujourd'hui est différent, bien sûr, mais pas le fond, car un pays aussi anormal que l'Espagne ne change pas avec des retouches cosmétiques comme la Transition et la Constitution qui en est sortie, et ça ne se règlera que quand on le retournera comme une chaussette. Aujourd'hui, le régime issu de la transition est entré en crise, avec des reculs de toutes les conquêtes sociales et l'appauvrissement de masse de la classe moyenne. Et l'autoritarisme, quant à lui, est toujours là, il suffit de voir la violence, physique et verbale, avec laquelle les opusdéistes, les fabricants d'armes et les affairistes au pouvoir ripostent à ceux qui osent protester. 

Mes livres, bien sûr, traduisent mes idées, pas ma vie. Je n'écris pas sur moi, mais sur ce que je vois dans ma vie et comment cela m'affecte. Quant aux lecteurs potentiels, il est évident que l'on écrit toujours pour que quelqu'un vous lise, dire le contraire serait absurde, et il est aussi évident que cela implique un certain degré de narcissisme, mais je ne me suis jamais demandé qui était ce quelqu'un, peut-être surtout, parce que je considère l'écriture comme une sorte de divan thérapeutique où je m'allonge et je parle, en essayant toujours de comprendre, à déchiffrer. 

Je me souviens d'avoir lu une préface de Juan Benet à un livre de récits de Manuel Vicent où racontait en ricanant que, selon Vincent, tout écrivain est un être qui au cours du développement intra-utérin souffre d'une lésion cérébrale qui fait de lui le plus anormal des humains. Je trouve que c'est là une définition pleine de sagesse et d'humilité, un antidote à la tentation de se croire le roi du mambo qui guette tout écrivain. Si Vincent a raison, mon frère et moi, on devrait passer un scanner, ne serait-ce que pour savoir quelle partie de notre cerveau a été endommagée, parce que tous les deux, bien que nous soyons partis de points différents, nous faisons aujourd'hui partie du même syndicat, celui des gens du clavier. Bref…

Quelles ont été tes principales références littéraires et qu'es-tu de chacune d'elles ?

Après une enfance dans laquelle mes références littéraires étaient avant tout les séries d'aventures avec des personnages comme Tarzan, Sandokan, Le Coyote ou Winnetou l'Apache et des BD comme Capitán Trueno, El Jabato, la Pantera Negra ou Mendoza Colt, je suis passé à la lecture de livres peut-être pas plus importants, mais en tout cas plus sérieux. Je me souviens qu'à dix ans j'ai été impressionné par un roman de Gilbert Cesbron qui traînait à la maison, Les Innocents de Paris. C'est probablement dans ses pages qu'a commencé mon amour pour cette ville qui n'a cessé de grandir tout au long de ma vie. Par ailleurs, il y a quelques années, dans un marché aux puces en France, j'ai acheté avec une grande joie un livre de longues conversations de Cesbron avec Maurice Chavardès en 1977, Ce qu'on appelle vivre, et quelle n'a pas été ma surprise de découvrir que cet auteur que j'avais mis sur un piédestal imaginaire était une vraie grenouille de bénitier catholique avec un discours très similaire à celui des curés de mon enfance. J'ai eu honte. Parfois, il vaut mieux ne pas trop fouiller dans les mythes de l'enfance. 

Depuis mon adolescence, je l'ai toujours été une personne très politisée, peut-être trop, et je pense que les livres ont quelque chose à voir avec cela, parce que c'est dans Cervantès et dans le roman picaresque, que j'ai lus vers les quatorze ans, que j'ai découvert que les problèmes endémiques autour de moi, n'étaient pas récents ou surgis après la victoire d'un général putschiste, mais la prolongation de quelque chose de très rance qui existait déjà dans l'Espagne du XVIème siècle. C'était à la fois excitant et décourageant : excitant parce que je percevais le Quichotte ou Lazarillo comme des livres politiques dénonçant les mêmes choses que j'avais envie de dénoncer et décourageant de constater que les mêmes canailles que la plume de Quevedo avec son Buscón avait transformés en personnages de romans, continuaient à peupler mon paysage quotidien, d'où je pouvais déduire que si quatre siècles après l'anonyme de la Renaissance tout restait semblable dans mon pays, la littérature ne sert qu'à décrire la réalité, pas à la changer.

Les pícaros [canailles, voyous, misérables, héros des romans picaresques, NdT] ne manquaient pas dans mon environnement. Par exemple, presque en face de ma maison, dans la rue Álvaro Aparicio de Grenade, vivait un homme nommé José Vico Escamilla, un assassin phalangiste de l'époque de la guerre [civile] qui avait été membre de l'Escadron noir, puis a connu une vieille paisible et est mort dans son lit, comme n'importe quel citoyen honorable. Mais dans la rue nous savions tous qui il était. Il se vantait d'avoir toujours un pistolet à portée de main. Des années plus tard, j'en ai fait un personnage, sous le nom de Ricardo Vico, dans plusieurs histoires de mon livre Venganzas (Vengeances). Et les pícaros  sont toujours parmi nous aujourd'hui, ils sont éternels et se reproduisent comme des punaises, preuve en est que l'Espagne est aujourd'hui un pays judiciarisé, la risée de l'Europe, à cause d'eux. 

Le pire est que le sentiment qu'il n'y a personne dans ce pays pour régler tout ça ne m'a jamais quitté. En fait, " Señorita Custodia", l'histoire qui clôt mon livre Venganzas, se termine ainsi: "Ce pays est probablement sans remède". Les canailles d'aujourd'hui sont les banksters qui ruinent les actionnaires préférentiels, les politiciens corrompus qui ont vidé les caisses de l'Espagne, les évêques qui aiment trop les petits garçons, les procureurs prévaricateurs qui protègent les voleurs, les ministres aux poches pleines d'argent et un monarque arrivé pauvre au pays dans sa jeunesse et est maintenant un milliardaire grâce à de multiples commissions et des affaires secrètes.

C'est sur ces choses que j'ai maintenant envie d'écrire, ne serait-ce que pour témoigner, pas parce que je pense que la littérature est une arme efficace.

Le boom de la littérature latino-américaine, y compris avec ses excès rhétoriques, m'a ensuite beaucoup influencé et cela se voit dans mon premier roman, La parábola de Carmen la Reina (La parabole de Carmen la Reine), qui m'a pris des années à écrire, mais j'ai lentement gagné en sobriété et aujourd'hui Je préfère les histoires laconiques et elliptiques d'un Raymond Carver au verbiage de L'Automne du patriarche, qui à mon avis n'a pas résisté à l'épreuve du temps. Pour moi, les meilleurs romanciers sont yankees et écrivent en anglais. J'adore Richard Ford. 

Tu as également abordé le conte érotique, avec d'autres, dans les "Contes érotiques de Noël" publiés par Tusquets, ainsi que la micronouvelle (dans ton livre " Rueda del tiempo", Roue du temps). Quelles sont les différences entre ce genre et le roman? Lequel présente le plus de difficultés ?

Le conte érotique était une commande purement commerciale de Beatriz de Moura. Elle avait demandé à plusieurs auteurs de la maison d'écrire chacun une histoire pour un volume ad hoc et profiter du rush de Noël. Le pari a été réussi, parce que quinze ans plus tard, on continue à le rééditer. Mon histoire, " Sola esta noche" (Seule cette nuit) joue avec l'idée de l'éveil sexuel et politique d'un garçon dans la Valence développementiste d' Eduardo Zaplana, avec la chanson Are You Lonesome Tonight  d'Elvis Presley comme excuse. Je me suis beaucoup amusé à l'écrire.

La micronouvelle est très différente, il s'agit de raconter une histoire qui tienne la route avec un minimum de mots. J'adore l'histoire courte du dinosaure d'Augusto Monterroso. Forges en a écrit une encore plus courte qu'il m'a envoyé par courriel, sans titre, et que j'ai décidé de titrer "Monterroso battu". Juste trois mots : «Érase una B» [Il était une fois un B.]. ça m'a paru génial, moi je ne suis pas capable de faire quelque chose d'aussi court, il me faut un certain nombre de ligne lignes pour structurer l'histoire. De toutes celles que j'ai produites, celle que je préfère est intitulée " Final feliz" ( Happy end) et elle est parue dans plusieurs anthologies. La voici :

"Matilde Johnson est morte sur son lit d'hôpital de Montevideo le 25 mars 1987, à 90 ans. Juan Robecchi, le nouvel infirmier de l'établissement, venait de lui dire bonjour. Le certificat médical a attribué la mort à une insuffisance cardio-respiratoire, ce qui n'est pas faux, mais imprécis. Robecchi avait la peau brune, les cheveux noirs et les yeux verts, hérités d'un grand-père sicilien, et en réalité Matilde Johnson l'avait pris pour Rudolph Valentino, le rêve resté intact de sa jeunesse. La cause de la mort, qu'aucun médecin ne parvint à déchiffrer, était une amorose coronarienne aigu. "

Je trouve qu'il est relativement facile d'écrire une histoire courte, il me suffit d'avoir une idée pour la développer d'un seul coup. Le roman, bien sûr, c'est une autre histoire, et j'y inclus le roman bref  (qui est en fait une longue nouvelle, comme par exemple, , «Fin de viaje», [Fin de voyage], qui clôt mon livre Rueda del tiempo) jusqu'à La parabole de Carmen la Reine, qui fait 140 000 mots. Je ne peux parler que pour moi, mais je trouve que l'écriture d'un roman est une expérience beaucoup plus complexe que celle d'une nouvelle, ne serait-ce que pour la longueur. Il y a aussi d'autres considérations que l'écrivain doit prendre en compte : une nouvelle ne permet pas de relâcher le rythme, parce que cela en fera une tentative ratée. Le roman, en revanche, non seulement le permet, mais c'est même apprécié par le lecteur, pour faire une pause dans la lecture.

Créer un monde à partir du vide – c'est de cela qu'il s'agit dans l'écriture d'un roman et en cela c'est comme le début de la Genèse – n'est pas aussi facile que l'on pourrait croire en lisant ce livre sacré : maintenant je fais la lumière, maintenant je la sépare des ténèbres, puis je crée  les animaux, les choses, etc. etc.; puis, le samedi, repos ... Pas étonnant qu'avec une telle hâte Jehovah ait créé un monde aussi sinistre. Pour moi, La parabole de Carmen la Reine m'a pris dix ans à la penser et trois à l'écrire.  

Enfin, un autre de tes livres est "Cuba en el corazón" (Cuba au cœur), une analyse critique des DVD sur l'histoire de la Révolution cubaine, publié par l'ICAIC. Que penses-tu des changements que vit l'île aujourd'hui, les «Lignes directrices» ou mesures de flexibilisation économique?

J'appartiens aux prolégomènes de ce que Douglas Coupland a appelé la "Génération X", dont les membres ont vu plus de changements au long de leurs trente premières années que toute l'humanité en des millénaires. Ce même concept peut être appliqué à l'histoire récente de Cuba, le pays auquel je m'identifie le plus. Sa révolution, vu l'époque où elle a triomphé, est aussi une "révolution X" qui a été affectée par tous ces changements. En un sens, la Révolution cubaine fait partie de mes gènes culturels, j'ai grandi avec elle.

Le monde a changé depuis ce 1er Janvier 1959, si bien que, en un peu plus de cinquante ans, la Révolution cubaine a dû faire face à plus de fluctuations de la Révolution française en 224 ou soviétique dans les 77 ans de sa durée. L'Occident n'a jamais pardonné à Cuba d'avoir mené à bien cet acte fondateur et il est clair que, à ce stade,  il ne va pas non plus lui pardonner un seul des changements qu'elle fait maintenant pour s' adapter à une réalité qui n'a rien à voir avec ce qui existait lorsque les barbus sont entrés dans La Havane.

Tu m'interroges sur les "lignes directrices", c'est—à-dire un peu plus de trois cents changements introduits dans l'articulation de l'État cubain après un large débat populaire. A part que je les accepte comme légitimes, car c'est le peuple de Cuba qui les a négociées avec le gouvernement, ce qui me semble le plus digne d'éloge, c'est qu'avec elles les programmes sociaux dans la santé, l'éducation et la culture restent l'axe vertébral de la révolution. Et cela se produit dans un petit pays qui n'a pas connu de trêve en cinq décennies exactement dans le même temps qu'ici en Europe, on démantèle  l'État-providence. Pour moi, Cuba est admirable, et je n'en démordrai pas.

Enric Llopis

Original: Entrevista al novelista, traductor y articulista Manuel Talens: "Nadie escapa de sus orígenes de clase a la hora de hablar o escribir"

Traduit par Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

Traductions disponibles : Italiano 

Source : Tlaxcala, le 23 juillet 2015

A lire sur La Pluma:

Spécial : La Pluma rend hommage à la mémoire de Manuel Talens



 

 

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